Je guide des voyages et safaris photo aux quatre coins du globe, toujours à la recherche d’instants rares. Récemment, j’ai eu le privilège d’accompagner un safari au Kenya sur les traces du légendaire léopard noir, en collaboration avec l’agence Objectif Nature. Cet article est né de cette aventure unique. Bienvenue dans un univers où la quête photographique rencontre l’onirisme. Jambo.
Le léopard noir et le mélanisme
Qu’est-ce qu’un léopard noir ?
Un léopard noir n’est pas une espèce différente, mais un léopard d’Afrique ou d’Asie présentant une particularité génétique appelée mélanisme. Cette mutation provoque une production accrue de pigments sombres, donnant à l’animal une robe presque entièrement noire. Sous certains angles ou à la lumière du soleil, on distingue pourtant encore ses rosettes caractéristiques. Rare dans la nature, surtout en Afrique, le léopard noir fascine par son aura mystérieuse et sa discrétion extrême.
La loi de Mendel
Le mélanisme observé chez le léopard noir constitue un excellent exemple de l’application des lois de Mendel. Ce phénomène est provoqué par une mutation du gène ASIP (Agouti Signaling Protein), impliqué dans la régulation de la pigmentation. Cette mutation est récessive, ce qui signifie qu’elle ne s’exprime que si l’individu hérite de deux allèles mutés, l’un provenant du père, l’autre de la mère.
Selon la loi de ségrégation de Mendel, chaque parent transmet aléatoirement l’un de ses deux allèles. Deux léopards phénotypiquement tachetés, mais porteurs du gène muté, peuvent donc donner naissance à un petit mélanique. La loi d’assortiment indépendant explique quant à elle que cette transmission s’effectue indépendamment d’autres traits. Cette combinaison génétique rare, amplifiant la production d’eumélanine, donne au léopard sa robe noire caractéristique, tout en laissant ses rosettes visibles sous la lumière.
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Où vivent les léopards noirs dans le monde ?
Je l’ai dit, les léopards noirs correspondent en réalité à des léopards (Panthera pardus) présentant un mélanisme, c’est-à-dire une surproduction de pigment foncé : ils ne forment pas une espèce distincte. Voici un aperçu de leur répartition selon les principales sous-espèces :
Léopard d’Afrique (Panthera pardus pardus)
Cette sous-espèce vit dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne et au nord de l’Afrique. Le mélanisme y est très rare, car la plupart des habitats sont des savanes ou zones ouvertes où un pelage très sombre n’apporte pas forcément un avantage camouflage. Mais le mélanisme est documenté depuis peu dans la région de Laikipia.
Léopard indien (Panthera pardus fusca)
En Inde, notamment dans les zones forestières denses, le mélanisme est plus fréquent. On y retrouve des individus noirs dans des forêts tropicales ou subtropicales, notamment celle de Kabini. La couverture forestière plus dense favorise le camouflage d’un pelage sombre.
Léopard javanais (Panthera pardus melas)
Sur l’île de Java (Indonésie), le mélanisme est extrêmement courant ; certains auteurs indiquent que dans cette zone tropicale, la variante noire approche voire atteint une fréquence quasi-fixée. L’habitat forestier dense et l’isolation de cette population semblent favoriser ce phénotype.
Léopard indochinois (Panthera pardus delacouri) et Léopard sri‑lankais (Panthera pardus kotiya)
Dans les forêts d’Asie du Sud-Est (Thaïlande, Malaisie, Sri Lanka), ces sous-espèces présentent aussi des individus mélaniques. Dans certaines zones de la péninsule de Malaisie, le noir est majoritaire. Au Sri Lanka, bien que très rare, un léopard noir a également été documenté.
Autres sous-espèces
Certaines sous-espèces comme le Léopard persan (Panthera pardus tulliana) (Caucase, Iran) vivent dans des milieux très différents (montagnes, forêts clairsemées) ; le mélanisme y est documenté mais beaucoup plus rare et très peu étudié.
Les léopards noirs du plateau de Laikipia
Dans la vaste région sauvage du plateau de Laikipia, au Kenya, un phénomène extraordinaire a capté l’attention des naturalistes : l’apparition documentée d’un léopard noir, ou léopard mélanique, dans un milieu où cette variante est d’une rareté extrême. J’avais découvert cette partie nord du Kenya en explorant les réserves de Samburu, Buffalo Springs, Shaba ainsi que les conservancy d’Ol Pejeta et Il Ngwesi.
Première observation et première photo
En 2019, le photographe britannique Will Burrard‑Lucas, à l’aide de caméras-pièges, a obtenu les premières images d’un léopard noir, ce qui constituait la première preuve photographique solide en Afrique depuis 1909 selon The Guardian.
Ces clichés ont marqué un jalon : ils ont transformé une légende locale, l’existence supposée de léopards noirs, en donnée scientifiquement confirmée.
Population actuelle et enjeux
D’après des sources récentes, on dénombre au moins sept individus mélaniques connus dans le comté de Laikipia, ce qui en fait le lieu le plus sûr au monde pour observer un léopard noir sauvage.
Cependant, bien que ce nombre soit encourageant, ces animaux restent extrêmement vulnérables : la zone est vaste, les individus peu nombreux, et l’équilibre de leur habitat dépend de la conservation et du tourisme responsable. Il y a cependant fort à parier que le mélanisme va se renforcer dans la région. L’avenir nous le dira…
Giza, le léopard noir star du Kenya
Parmi ses individus, Giza, une femelle née probablement en 2021, est devenue une star. Elle est née près du camp où nous dormons et a été repérée jeune avec sa mère qui porte une robe classique (nous savons maintenant que son père était mélanique). Grâce à sa grande tolérance à la présence des véhicules de safari, Giza est devenue une icône pour les amateurs de photographie animalière et les amoureux de la nature, symbolisant à la fois la rareté et la beauté extraordinaire de cette variation génétique.
Son territoire
Giza est née près de la rivière Ewaso Narok, au cœur du territoire de sa mère, et a grandi à proximité de ses eaux. À l’âge de l’indépendance, elle a temporairement partagé une partie de son territoire avec sa mère. La compétition pour la nourriture a ensuite poussé cette dernière à traverser la rivière et à établir un nouveau domaine plus au nord, laissant Giza s’approprier pleinement le sien. Plus tard, son territoire a été légèrement réajusté lorsqu’elle a eu sa propre portée, afin de protéger ses petits des prédateurs de la réserve, comme les hyènes tachetées, les hyènes rayées ou les lions.
Les territoires des léopards ne sont jamais fixes, et l’avenir nous dira si celui de Giza connaîtra encore des changements.
Son adaptation
Le territoire de Giza s’étend sur un bush ouvert parsemé de crotons et d’acacias buissonneux. Dans ces paysages lumineux, sa robe noire, bien que spectaculaire, la rend plus visible en journée aux yeux de ses proies. Pour compenser, Giza a développé une technique de chasse astucieuse : elle reste extrêmement active et mobile, se déplaçant d’un buisson à l’autre, utilisant parfois les véhicules de safari comme couvert temporaire avant de bondir sur ses proies, principalement des dik-diks de Gunther et des lièvres.
La nuit, en revanche, son pelage sombre devient un véritable atout. Dans l’obscurité, Giza se fond parfaitement dans l’ombre, ce qui lui permet de chasser discrètement et de passer inaperçue face aux prédateurs ou concurrents de la réserve, comme les hyènes et les lions.
Merci à François Lignereux pour m’avoir permis d’utiliser deux de ses photos de chasse de Giza. Retrouvez ses photos sur son compte Instagram Fligphoto.
Ses petits
La maternité a marqué un nouveau chapitre dans la vie de Giza. Lorsqu’elle a donné naissance à deux léopardeaux, elle a adapté son territoire pour protéger ses petits des prédateurs de la réserve. Cachés au cœur des buissons d’acacias et des zones les plus denses de son domaine, les jeunes léopards ont pu grandir à l’abri des regards et des dangers.
Les deux jeunes, âgés d’un an en novembre 2025, ne sont pas noirs comme leur mère et portent une robe tachetée classique. Leur père est très probablement Kovu — mot swahili signifiant « balafré » — un mâle dont le territoire se situe au nord de la conservancy.
Les petits explorent progressivement leur environnement sous la surveillance lointaine de Giza et s’apprêtent bientôt à prendre leur indépendance. La mère continue de chasser et de les nourrir occasionnellement, leur transmettant les compétences essentielles pour survivre dans un environnement sauvage et compétitif.
Mes autres rencontres avec les léopards à Laikipia
Parmi toutes les expériences que j’ai vécues en safari, les rencontres avec les léopards à Laikipia restent inoubliables. Discrets, élégants et mystérieux, ces félins incarnent à eux seuls la beauté sauvage du Kenya. Au cours d’un seul safari de 7 jours, j’ai eu la chance de rencontrer huit léopards différents sur les 23 que compte la conservancy, chacun avec son caractère et ses habitudes propres : des léopards tachetés qui se faufilent dans le bush à la légendaire Giza. Dans ce chapitre, je vous emmène au cœur de mes plus belles rencontres…
Les patrouilles de Kovu et de Kiziwa
À plusieurs reprises, nous avons croisé les deux mâles dominants de l’est de notre conservancy : Kovu — « balafré » en swahili — au nord, et Kiziwa — « petite étendue d’eau » — sur le territoire voisin. Les observer est toujours un moment fascinant : ils se déplacent avec une grâce silencieuse, patrouillant le long des frontières de leur domaine, frottant leurs corps contre les buissons et les troncs pour marquer leur présence. Chaque mouvement, chaque geste semble mesurer et rappeler aux autres léopards qui règne ici. La tension et la majesté de ces félins en action rendent tangible le caractère territorial des léopards, et donne au spectateur le sentiment d’assister à un ballet sauvage et strictement codifié dans la nature.
La léoparde et son rocher
Dans la conservancy voisine où nous avons accès, une piste longe approximativement la rivière Ewaso Narok. Là se dresse un rocher de granit très caractéristique, que j’ai appris à connaître comme le repère d’une femelle léopard encore sans nom. Je l’ai surnommée Mwoga, en swahili, pour souligner sa nature extrêmement prudente et méfiante. Chaque fois que nous tentons de nous approcher, elle disparaît instantanément dans l’épais bush qui entoure le rocher, se fondant dans la végétation et laissant derrière elle le silence. Observer Mwoga, même de loin, rappelle toute l’ingéniosité et la prudence des léopards, toujours vigilants face au moindre signe de danger.
La chasse de Kynio
Kynio est un jeune mâle, fils de Nuosha 1 et de Kiziwa, qui commence à prendre son indépendance. En toute fin de journée, alors que le soleil disparaît derrière l’horizon, nous l’observons au milieu des crotons. Son regard se fixe soudain sur un dik-dik de Gunther à proximité. Chaque muscle de son corps se tend, il s’accroupit et avance silencieusement, le regard rivé sur sa proie. Puis, en un éclair, il bondit et attrape la petite antilope à la gorge.
Sans perdre de temps, Kynio transporte sa prise jusqu’au tronc d’un acacia proche. Avec une agilité impressionnante, il grimpe et s’installe pour savourer son repas, à l’abri des regards et des concurrents. Cette scène révèle non seulement la maîtrise de la chasse de Kynio, mais aussi l’éveil de son indépendance et sa capacité à prendre des décisions dans le bush, forgeant son avenir de jeune léopard autonome.
Nyosha 2 en chaleur
En fin d’après-midi, notre guide reçoit une information excitante : la meute de lycaons vient de pénétrer sur le territoire de la conservancy. Nous décidons immédiatement de partir à leur recherche. Après un moment sans succès, nous choisissons de profiter de l’instant et installons notre apéritif au sommet d’un plateau, offrant une vue panoramique sur la réserve. Pendant que nous savourons ce moment, la nuit commence à tomber, enveloppant le paysage d’une lumière douce et mystérieuse.
Sur le chemin du retour vers notre camp, la chance nous sourit. Nous croisons Nyosha 2 accompagnée d’un mâle encore sans nom. Leur comportement est évident : il s’agit d’une parade amoureuse. Ils se suivent de près, se rapprochant avec précaution et attention mutuelle, avant de disparaître ensemble dans l’obscurité de la nuit, prêts à s’accoupler. Un joli moment fugace.
Le mot de la fin
Giza n’est pas seulement un léopard noir ; elle est devenue une légende vivante à Laikipia, incarnant à la fois le mystère, l’élégance et la résilience des léopards africains. Chaque observation d’elle, même furtive, rappelle combien la nature reste imprévisible et fascinante, et pourquoi la préservation de ces habitats est essentielle pour que des histoires comme celle de Giza continuent d’exister.
Je m’appelle Grégory et je suis l’auteur de My-Wildlife, mon blog sur les safaris, l’ornithologie et l’observation animalière. Si comme moi, tu aimes la nature, suis mes conseils et inspire-toi de mes carnets naturalistes pour voyager en découvrant la vie sauvage. J’accompagne aussi des voyages photo qui offrent la possibilité de progresser en photographie tout en bénéficiant d’excellentes conditions d’observation et de prises de vue.
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