Il est des voyages qui marquent une vie entière, et celui-ci en fait indéniablement partie. Pendant deux semaines, j’ai voyagé de Windhoek à Victoria Falls en avril, du désert aux chutes les plus célèbres d’Afrique, de la Namibie au Zimbabwe. Ce dont je ne m’attendais pas, c’est que l’eau serait le fil conducteur de tout le voyage. Ce périple est une ode à la diversité des paysages namibiens et botswanais, mais aussi à la richesse d’une faune libre et sauvage. Préparez vos jumelles, nettoyez vos capteurs : ce voyage est une invitation à voir, ressentir et capturer l’essentiel.
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Le désert du Namib sous l’eau
En route vers Sossusvlei
À peine arrivés à Windhoek, nous prenons la route en direction du désert du Namib. L’asphalte disparaît rapidement pour laisser place aux pistes, annonçant déjà le début de l’aventure. Le premier contact avec le désert surprend : il est bien plus vert que d’habitude.
En chemin, nous nous arrêtons pour observer nos premiers républicains sociaux. Leurs nids spectaculaires, véritables architectures collectives, peuvent dépasser la tonne. Certains, fragilisés par les précipitations des derniers jours, se sont effondrés sous leur propre poids.
Plus loin, une famille d’otocyons s’active à la recherche d’insectes. L’un d’eux nous fixe un instant, oreilles dressées, avant de rejoindre les siens qui s’éloignent prudemment de la piste. Une rencontre brève et un animal fascinant.
Alors que nous poursuivons vers Sossusvlei, un oryx se se trouve près de la piste. Nous stoppons le 4×4 pour le photographier. Il incarne à lui seul l’esprit du désert. Cette antilope est un modèle d’adaptation : elle peut supporter des températures corporelles atteignant 45 °C et dispose d’un système ingénieux de refroidissement du cerveau, évitant toute surchauffe. Capable de se passer d’eau libre pendant de longues périodes, elle puise son hydratation dans les plantes qu’elle consomme, allant jusqu’à détecter l’humidité enfouie sous la surface.
Nous nous installons au Desert Quiver Camp en fin d’après-midi.
Sossusvlei, Deadvlei et le canyon de Sesriem
Incroyable : il a plu pendant la nuit. Lorsque nous nous levons, bien avant le lever du soleil, le ciel est encore largement couvert. Après le petit-déjeuner, nous pénétrons dans le parc national du Namib-Naukluft et parcourons les 60 kilomètres de piste jusqu’au parking. Nous traversons le célèbre couloir de dunes, avec une pensée pour la mythique Dune 40, sans doute l’une de mes préférées, mais sans nous arrêter, la lumière étant totalement absente sous cette épaisse couverture nuageuse.
À notre arrivée, la situation est pour le moins inattendue : impossible de rejoindre Dead Vlei. La vallée est inondée. Une scène presque irréelle dans cette région du Namib où les précipitations dépassent rarement 25 mm par an. Nous décidons alors de patienter et d’explorer les abords du parking, en espérant une amélioration. Peu à peu, le soleil finit par percer, offrant enfin de belles conditions pour photographier les dunes environnantes.
Après plus de deux heures d’attente, l’accès est finalement autorisé. Par prudence, Lesley, notre chauffeur-guide, choisit d’emprunter une navette pour éviter tout risque d’enlisement. Le lit de la rivière, habituellement sec, est cette fois rempli d’eau. En approchant, nous découvrons plusieurs véhicules immobilisés dans le lit de la rivière, qui seront dégagés plus tard dans la matinée.
Nous poursuivons à pied jusqu’à Dead Vlei, traversant pieds nus plusieurs gués. Une expérience aussi inattendue qu’inoubliable dans un lieu que l’on imagine d’ordinaire figé, sec, presque intemporel. Encore aujourd’hui, en repensant à cette scène, j’ai du mal à y croire. Il est des lieux qui semblent appartenir à un autre monde, et Dead Vlei en fait incontestablement partie. Cette cuvette d’argile blanche, encerclée par certaines des plus hautes dunes du monde, offre un décor presque irréel. Sol clair, acacias morts, et ciel bleu pur composent une scène d’une intensité graphique rare. Ces arbres, figés depuis près de 900 ans, témoignent d’un passé où l’eau circulait encore ici. Puis les dunes ont progressivement coupé l’accès à la rivière, condamnant la végétation. Le climat extrêmement sec a fait le reste, empêchant toute décomposition et transformant ces troncs en sculptures naturelles, pétrifiées dans le temps. Pour information à partir du 1er mai 2026, tout accès à Dead Vlei devra se faire en shuttle sauf pour quelques opérateurs locaux.
Nous reprenons la route vers Sesriem par le même itinéraire, mais le retour ne se fait pas sans surprise : un orage d’une rare intensité s’abat sur le désert. Je suis scotché par ce phénomène si inattendu ici. Encore impressionnés, nous faisons une pause pour déjeuner. Puis, au fil de l’après-midi, le ciel s’ouvre progressivement et les conditions s’améliorent. Une éclaircie inespérée qui nous permet de partir à la découverte du canyon de Sesriem. Situé à quelques kilomètres seulement des dunes de Sossusvlei, le canyon offre un tout autre visage du désert du Namib. Ici, pas de vastes horizons ni de lignes infinies, mais une faille étroite creusée patiemment par la rivière Tsauchab au fil de millions d’années. Nous descendons dans ce canyon sinueux, dont les parois peuvent atteindre près de 30 mètres de hauteur. La lumière y pénètre difficilement, dessinant des jeux d’ombres et de textures fascinants. La fraîcheur relative qui y règne contraste avec la chaleur déjà bien installée à la surface. Le nom « Sesriem » trouve son origine dans l’époque des pionniers, qui devaient attacher six lanières de cuir (« riems » en afrikaans) pour puiser l’eau dans les rares poches encore accessibles au fond du canyon. Car même aujourd’hui, il n’est pas rare d’y trouver quelques retenues d’eau, précieuses pour la faune locale. Et aujourd’hui, le fond du canyon est rempli d’eau.
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Swakopmund et Walvis Bay
Il nous faut un peu plus de quatre heures de piste pour atteindre Walvis Bay, lovée sur les rives de l’océan Atlantique. En direction de Solitaire, les paysages défilent, étonnamment verdoyants cette année. Depuis le 4×4, oryx et springboks se laissent observer, presque déconcertants dans ce décor inhabituel. J’ai du mal à retrouver cette Namibie que j’avais toujours connue sèche, presque austère.
À Solitaire, pause incontournable : ravitaillement en carburant, mais aussi détour par la célèbre boulangerie. Nous en profitons pour goûter quelques pâtisseries, tandis qu’une mangouste jaune se prête volontiers à quelques clichés. Autour de nous, les écureuils terrestres complètent la scène.
Nous reprenons la C14, franchissons le tropique du Capricorne, puis longeons le lit bien alimenté de la rivière Gaub. Au-delà du canyon de Kuiseb, le décor bascule à nouveau : la végétation s’efface et les paysages retrouvent peu à peu leur caractère minéral.
À Walvis Bay, nous déjeunons face à la lagune, où stationne une colonie de flamants roses. Les flamants nains ont déjà quitté les lieux et, entre le contre-jour et la marée basse, les conditions ne se prêtent guère à la photographie. Qu’importe, le moment se savoure autrement.
Nous gagnons ensuite Swakopmund, où nous posons nos sacs de voyage à la pension Rapmund, avant de partir flâner dans le centre-ville, marqué par son architecture d’inspiration germanique.
Le lendemain, changement de décor et d’ambiance avec une journée en deux temps. Le matin, nous partons en kayak au cœur d’une colonie d’otaries à fourrure du Cap. L’expérience est vivante, presque ludique : les otaries, curieuses, s’approchent, tournent autour des embarcations et certaines n’hésitent pas à grimper sur les kayaks. Un moment réjouissant, malgré un nombre de kayaks un peu élevée à mon goût.
L’après-midi, cap sur Sandwich Harbour en 4×4. Ici, le désert du Namib vient littéralement plonger dans l’océan. Les lumières, les lignes et les contrastes offrent un terrain de jeu fascinant. Nous croisons springboks, oryx et chacals à chabraque, mais aussi une petite faune plus discrète : un Trachylepis acutilabris, (coléoptère) et le lézard des sables. Seuls manquent à l’appel les geckos et les vipères, restés invisibles ce jour-là.
Cela fait quelques jours que je teste les jumelles Swarovski CL Companion 10×30 3.0 et je dois dire que j’en suis plainement satisfait.
Le Damaraland si vert
Nous quittons Swakopmund en direction du Damaraland, en longeant la côte jusqu’à Henties Bay. En chemin, nous faisons une courte halte près de l’épave du Zeila, ce chalutier échoué au petit matin du 25 août 2008, non loin de « Die Walle ». Sa silhouette rouillée, battue par les vents et les embruns, offre un sujet photographique aussi graphique que mélancolique.
Nous poursuivons ensuite vers Uis, où nous déjeunons au Brandberg White Lady Café, avant de reprendre la route. A la sortie d’Uis, je suis surpris de voir plusieurs villages himbas, bien plus au sud que ce que j’avais connu par le passé. Autrefois majoritairement installés dans la région du Kunene, ces communautés ont peu à peu été contraintes de descendre, poussées par la sécheresse et la perte de leur bétail.
Si ce dernier reste au cœur de leur culture, les changements sont visibles. Certains enfants sont scolarisés, portent des vêtements occidentaux et s’expriment couramment en anglais. La culture himba évolue rapidement, bousculée par des dynamiques économiques et sociales difficiles à enrayer. La question se pose inévitablement : comment préserver ces traditions face à l’influence croissante de la mondialisation ?
Nous faisons halte dans l’un de ces villages pour échanger quelques mots et acquérir des bracelets artisanaux. La vente de souvenirs est aujourd’hui une source de revenus essentielle, permettant notamment l’accès à l’eau et à l’alimentation. Plus loin, nous nous arrêtons de nouveau auprès d’échoppes tenues par des femmes hereros. Drapées dans leurs robes victoriennes aux volumes généreux et coiffées de leurs étonnantes coiffes en forme de cornes, elles incarnent à elles seules une part de l’histoire et de l’identité du pays. Ce style vestimentaire, hérité de la période coloniale allemande, a été réapproprié au fil du temps pour devenir un marqueur culturel fort. Les cornes évoqueraient le bétail, au cœur de la culture herero, symbole de richesse et de statut social.
Nous croisons sur le bord de la piste un couple d’autruches et quatre autruchons. Le mâle les protège et les écarte vers le bush. Trognon !
Nous arrivons en milieu d’après-midi au Twyfelfontein Adventure Camp. Le cadre est tout simplement splendide, parfaitement intégré aux reliefs minéraux du Damaraland. Le charme opère immédiatement.
En fin de journée, nous partons profiter du coucher de soleil, un verre à la main. La lumière décline lentement, enveloppant la vallée de teintes chaudes. Aux jumelles, nous distinguons nos premiers éléphants du désert qui progressent en contrebas. Un moment suspendu, à la fois simple et inoubliable.
Cette fois-ci, je ne pousserai pas mon incursion dans le Damaraland jusqu’à la concession de Palmwag où il est possible de rencontrer les rhinocéros du désert. Nous ne sommes pas plus passés à Spitzkoppe où l’on trouve parmi les plus beaux couchers de soleil du Damaraland. Il faut parfois faire des choix dans son itinéraire.
L’art rupestre de Twyfelfontein
Ce matin, nous partons à la découverte de l’un des sites majeurs de l’art rupestre en Afrique australe : Twyfelfontein. Dès notre arrivée sur le parking, le décor est posé : un univers minéral fait de dalles de grès, de chaos rocheux et de vallées arides sculptées par le temps.
Sur le chemin menant à l’accueil, un petit mouvement attire notre regard. Un rat des rochers se faufile entre les pierres, parfaitement adapté à cet environnement austère. Cette espèce, Petromus typicus, est la seule représentante actuelle de sa famille, les Petromuridae. Plus loin, un gecko (Rhoptropus afer) se fait dorer la pilule au soleil, tout comme un agama sur un autre rocher.
Après l’achat des billets, la visite guidée peut commencer. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, Twyfelfontein abrite l’une des plus importantes concentrations de gravures rupestres d’Afrique. Réalisées il y a plusieurs milliers d’années par les chasseurs-cueilleurs San, ces œuvres témoignent d’une relation intime avec la faune et le territoire.
Au fil du parcours, notre guide nous dévoile un bestiaire gravé dans la roche : éléphants, rhinocéros, girafes, manchots mais aussi des empreintes animales finement représentées. Plus de 2000 représentations au total dont certaines ont 6000 ans. Certaines gravures intriguent particulièrement, comme ce célèbre « lion à queue longue », dont la symbolique reste sujette à interprétation. Était-ce une représentation chamanique, une vision spirituelle liée aux transes ? Les hypothèses sont nombreuses, et participent à la fascination du lieu.
Au-delà de leur esthétique, ces gravures avaient probablement une fonction didactique et rituelle, servant à transmettre des connaissances sur les animaux et les points d’eau dans un environnement aussi exigeant.
Twyfelfontein n’est pas seulement un site archéologique. C’est un témoignage vivant, fragile, d’un lien ancien entre l’homme et la nature. Personnellement, j’aime beaucoup l’énergie qui se dégage de ce lieu.
Les éléphants du désert
Sur le chemin du retour au camp, nous croisons une famille d’éléphants du désert habitués aux rudes conditions désertiques. Ils sont à seulement deux km de notre lodge et traverse l’Aba Huab Campsite où j’ai déjà dormi à plusieurs reprises par le passé. Nous les suivons quelques minutes et retournons nous relaxer au camp.
Dans l’après-midi, nous retournons dans le lit asséché de la rivière Aba Huab à la recherche des éléphants. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas d’une sous-espèce distincte, mais bien d’éléphants de savane (Loxodonta africana) qui ont développé, au fil des générations, des comportements spécifiques pour survivre dans cet environnement extrême. Ici, l’eau est rare, la végétation clairsemée, et les distances à parcourir considérables.
Ces éléphants sont capables de marcher plusieurs dizaines de kilomètres par jour à la recherche de nourriture et de points d’eau, souvent asséchés en surface mais encore accessibles en creusant le lit des rivières éphémères. Leur morphologie peut sembler légèrement différente : des pattes parfois plus longues, une silhouette plus élancée… mais ce sont surtout leurs stratégies de survie qui impressionnent.
On les observe généralement dans les lits de rivières asséchées, comme ceux de l’Aba-Huab, où subsistent des arbres — acacias, mopanes — essentiels à leur alimentation. Leur présence est discrète, presque furtive, et chaque rencontre se mérite. Mais cette rencontre impose aussi une grande humilité. Ici plus qu’ailleurs, il est essentiel de garder ses distances, de respecter leurs déplacements et de s’appuyer sur des guides locaux expérimentés. Dans cet environnement fragile, l’équilibre entre observation et préservation est fondamental.
En ces jours bénis par la pluie, les éléphants semblent au paradis. Ils se nourrissent avec avidité des herbes hautes, des jeunes pousses et des feuilles encore tendres. Une abondance rare au Damaraland, dont ils profitent pleinement, conscients — instinctivement — que cette parenthèse de générosité ne durera pas.
Parc national Etosha et la réserve d’Onguma
Nous quittons le Damaraland après le petit-déjeuner. Direction le parc national Etosha que j’ai déjà arpenté à quatre reprise. Il nous faudra près de 4h00 pour rejoindre Etosha Village, notre hébergement situé juste à l’extérieur du parc près de la porte Ombika (anciennement Andersson gate). En chemin, nous croisons des springboks et faisons un arrêt pour voir la Welwitschia mirabilis, une plante emblématique des paysages désertiques de Namibie et d’Angola. Elle fascine les botanistes. Avec seulement deux feuilles qui poussent en continu tout au long de sa vie, parfois plus de mille ans, elle semble défier le temps et les conditions extrêmes.
Déjeuner (pas terrible) et installation dans nos cottages avant de faire notre premier safari au parc national Etosha. Si vous souhaitez vous rendre dans le parc national, je ne peux que vous recommander la lecture de mon guide pratique sur Etosha.
1er safari à Etosha
Une fois les formalités d’entrée faites, nous entrons dans le parc national. Nous remontons la C38 jusqu’au camp d’Okaukuejo en faisant un arrêt au Waterhole d’Ombika. Il est fréquentée par de nombreux herbivores, principalement des springboks, quelques zèbres des plaines, deux girafes assises à l’ombre à l’opposé de la clairière et une poignée de gnous. Au camp, Lesley règle les entrées du parc. Les travaux pour goudronner la piste entre Okaukuejo et Halali nous empêche d’emprunter ce chemin près d’Etosha Pan. Lesley nous emmène donc en direction de Gemsbokvlakte. La savane est bien vide cet après-midi.
D’Ombika gate à Namatoni
Ce matin, une longue étape de 160 km nous attend puisque nous devons rejoindre la réserve privée d’Onguma en début d’après-midi.
Nous prenons la direction de Gaseb puis de Gemsbokvlakte, avant de contourner la piste principale en travaux par une piste intérieure. Nous retrouvons l’axe principal peu avant le camp de Halali, puis poursuivons jusqu’à Namutoni où nous faisons une pause déjeuner. Nous quittons ensuite le parc national en franchissant la porte de Von Lindequist, juste avant d’entrer dans la réserve d’Onguma.
Mais qu’avons-nous observé en chemin ? Très peu de mammifères, ce qui reste assez surprenant dans ce secteur. Nous apercevons quelques zèbres, des springboks, quelques oryx en début de matinée, puis presque plus rien pendant de longues heures. Ce n’est qu’à l’approche de Namutoni que l’activité reprend légèrement avec quelques bubales roux et deux girafes.
Cette relative absence s’explique sans doute par les conditions récentes. Les incendies de septembre 2025, combinés aux pluies récentes, ont entraîné un déplacement des herbivores vers l’ouest du parc, rapidement suivis par les prédateurs. Lors de ce voyage, nous explorons principalement le centre et l’est d’Etosha. Pas de bol !
En revanche, la matinée s’est révélée particulièrement riche du côté des oiseaux. Nous observons notamment le traquet fourmilier, l’alouette sabota, l’autour chanteur, un faucon lanier immature, le gobemouche de Marico, l’agrobate du Kalahari, l’élanion blanc à de nombreuses reprises, l’outarde kori, l’outarde à miroir blanc, le rollier à long brin, la pintade de Numidie, l’autruche, le rollier varié, le calao à bec noir, le calao leucomèle et le guêpier à queue d’aronde. Une matinée clairement placée sous le signe de l’ornithologie, qui rappelle qu’à Etosha, l’intérêt ne se limite jamais aux seuls grands mammifères.
Safari l’après-midi à Onguma
Nous nous installons au lodge en début d’après-midi et profitons d’un moment de détente avant de repartir en safari à 17h00 dans la réserve d’Onguma. Cette sortie de trois heures est marquée par la rencontre de deux lions mâles d’environ cinq ans, deux frères encore en marge du pouvoir. Ils devront patienter avant de prétendre régner, la réserve étant actuellement dominée par une coalition de deux mâles de 10 ans à la tête d’une troupe de plus de vingt individus.
Nous restons un long moment en leur compagnie. À notre arrivée, ils sont allongés au milieu de la piste. Peu à peu, ils s’éveillent, se redressent et se mettent en mouvement, marquant leur territoire de part et d’autre de la route sablonneuse. Nous les laissons alors poursuivre leurs activités.
Plus loin, un rhinocéros blanc à la corne intacte se laisse observer. Il broute paisiblement à quelques mètres du véhicule, tandis que le soleil décline derrière nous. Il est temps de le quitter pour déguster un apéritif dans le bush, en compagnie d’une mangouste rouge.
Avec un lion sur Dik-dik drive
Nous retournons dans le parc national d’Etosha en compagnie d’un guide de la réserve d’Onguma. L’essentiel du safari se déroule sur la Dik-dik Drive. Nous y observons d’abord des zèbres, des springboks, des oryx, ainsi qu’un rollier à longs brins.
Puis le guide capte une information à la radio : un lion a été aperçu à proximité. Nous faisons aussitôt demi-tour. Le félin se tient au milieu de la piste, occupé à boire dans une flaque formée par les pluies récentes qui ont arrosé toute la Namibie. Il s’agit de l’un des deux mâles dominants de la réserve d’Onguma, probablement passé sous la clôture. Après s’être désaltéré, il reprend sa marche en marquant son territoire. D’autres véhicules arrivent sur place ; nous choisissons de le laisser et poursuivons notre matinée dans Etosha.
La suite du parcours nous offre encore de belles observations, avec plusieurs autours chanteurs, un aigle ravisseur, un autre lion endormi les quatre pattes en l’air, quelques girafes et un marabout d’Afrique. Une matinée bien sympa.
En compagnie des girafes
Dernier safari dans la réserve d’Onguma. L’après-midi reste assez calme jusqu’à la rencontre d’un groupe de girafes en déplacement au cœur d’une vaste plaine. Les individus sont dispersés, avançant à distance les uns des autres. Un mâle ferme la marche. Lorsqu’il finit par se rapprocher du groupe, un autre mâle réagit immédiatement et s’élance sur quelques mètres dans sa direction. La tension est palpable. Le face-à-face semble inévitable, mais le retardataire préfère éviter l’affrontement et prend la fuite.
Le reste du safari est ponctué par l’observation d’un touraco concolore, d’un chacal à chabraque et de grands koudous. La journée s’achève dans une belle lumière, autour d’un apéritif face à un coucher de soleil particulièrement réussi.
La bande de Caprivi
650 km de route nous attendent pour rejoindre notre prochaine étape dans la bande de Caprivi (région du Zambezi). Dans l’après-midi, installation au Ndovu Safari Lodge et détente sur le bord de l’Okavango. Aux lunettes du lodge installées sur la terrasse, nous avons pu observer des hippotragues noires.
Safari dans le secteur Mahango
Le lendemain matin, nous partons en safari dans le parc national de Bwabwata, dans le secteur de Mahango, dont l’entrée se situe à seulement quelques kilomètres de notre lodge. Encore discret sur les itinéraires classiques, ce parc mérite pourtant amplement de retenir l’attention des voyageurs en quête d’expériences plus confidentielles.
Mahango se distingue notamment par la présence d’espèces moins courantes en Namibie. C’est ici que l’on peut observer le cobe de Lechwe, étroitement lié aux zones humides, mais aussi des buffles et des hippopotames, absents d’autres grandes régions du pays. Un vrai changement d’ambiance après les paysages plus arides d’Etosha.
Le secteur offre en effet une belle mosaïque d’écosystèmes : plaines inondables, rivières bordées de roseaux, bosquets d’arbres et zones plus ouvertes. Cette diversité se traduit par une faune riche et variée, que nous avons eu le plaisir d’observer tout au long de la matinée.
Une chose est certaine : cette première découverte donne envie d’y revenir. Mahango semble receler bien plus que ce qu’il nous a laissé entrevoir en quelques heures seulement.
Croisière sur le fleuve Okavango
En début d’après-midi, un orage particulièrement violent éclate. Les prévisions annoncent toutefois une accalmie vers 16h00, précisément à l’heure de notre croisière sur l’Okavango à bord du bateau à fond plat du lodge. Fidèle aux annonces, la pluie cesse enfin. Un vrai soupir de soulagement.
Le niveau de l’Okavango est alors exceptionnellement élevé, rendant les observations plus délicates. Le fleuve a gagné près de 2,80 mètres à la suite des récentes pluies tombées en Angola et dans la région. Les berges sont partiellement inondées, les hippopotames restent longuement immergés, et certains nids de guêpiers et de martins-pêcheurs se retrouvent sous l’eau. Il faut faire preuve de patience pour espérer capturer nos premières images… mais l’instant n’en est que plus précieux, comme en témoignent ces quelques clichés.
Safari dans le secteur Kwando
Il nous faut près de trois heures de route pour rejoindre le Namushasha River Lodge, idéalement situé entre le parc national de Bwabwata (secteur du Kwando) et celui de Mudumu. Après le déjeuner, nous nous installons dans nos tentes avant de repartir en safari avec Lesley, en direction du secteur de Kwando.
Le contraste avec la région de Mahango est frappant : ici, les écosystèmes sont beaucoup plus fermés, la végétation dense limitant considérablement les observations. La faune se fait discrète… mais discrétion ne rime pas avec absence.
Au fil de la piste, nous avons la chance d’observer un superbe mâle grand koudou, splendide avec ses cornes torsadées, ainsi qu’une troupe de babouins et une hyène tachetée — la seule rencontrée durant tout le voyage. Un bilan finalement très honorable, compte tenu de la hauteur de la végétation.
Le parc national Chobe
Aujourd’hui, nous mettons le cap sur le Botswana. Nous passons la frontière rapidement et nous nous installons à The Old House à Kasane, un petit hôtel agréable en bordure du fleuve Chobe.
Croisière sur le fleuve
Nous embarquons dès l’après-midi pour une croisière sur le fleuve Chobe. Comme sur l’Okavango ou le Zambèze, le niveau de l’eau est particulièrement élevé. À la différence près qu’ici, les berges ne sont pas submergées, offrant aux animaux de précieux espaces de repos. Très vite, nous apercevons nos premiers hippopotames, éléphants et crocodiles. Impalas et grands koudous viennent également s’y abreuver en cette fin de journée.
Côté avifaune, la diversité est remarquable : pygargue vocifer, ouette d’Égypte, œdicnème vermiculé, anhinga d’Afrique, coucal du Sénégal et bec-en-ciseaux d’Afrique. Avec les niveaux d’eau, je ne m’attendais pas à observer ce dernier, dont les colonies s’installent généralement à partir du mois d’avril. Un individu nous gratifie de plusieurs passages devant l’embarcation pour pêcher. Sa technique est fascinante : il rase la surface de l’eau, la mandibule inférieure plus longue fendant le courant à la recherche de proies. Une croisière plus prolifique que prévue.
Safari 4×4 sur Chobe riverfront
Dernier safari de notre voyage, entre Sossusvlei et Victoria Falls. Nous partons pour trois heures de game drive organisées par l’hôtel. Nous savons d’emblée que les observations risquent d’être plus complexes : avec l’eau présente un peu partout, les animaux se dispersent et deviennent moins prévisibles.
Nous retrouvons nos herbivores familiers, principalement impalas et grands koudous. Les zèbres, eux, ont déserté les berges du fleuve Chobe. Quelques girafes et éléphants se laissent tout de même apercevoir, mais c’est le chacal à chabraque qui se montre le plus actif ce matin. Une belle surprise, d’autant que nos précédentes observations de ce carnivore avaient été plutôt furtives.
Côté oiseaux, la matinée se révèle particulièrement riche. Nous profitons d’une superbe observation d’un coucal à sourcils blancs, tout près du 4×4, ainsi que de plusieurs vautours africains et d’un vautour à tête blanche. Pygargue vocifer, pintades de Numidie, francolin huppé, coucou jacobin et rollier à longs brins viennent compléter ce beau tableau ornithologique.
En trombe à Victoria Falls
Dernière étape de ce voyage : nous quittons le Botswana pour entrer au Zimbabwe, après nous être acquittés du visa et des formalités douanières. Le passage de frontière se fait sans encombre, et nous rejoignons rapidement le Nguni Lodge où nous nous installons pour la nuit. Après le déjeuner, un taxi nous conduit vers l’un des temps forts du séjour : les mythiques chutes Victoria.
À cette période de l’année, le choix du versant zimbabwéen s’impose. Le débit du Zambèze est à son maximum, rendant le spectacle particulièrement impressionnant. Certes, la visibilité est parfois réduite par les embruns, mais c’est précisément dans ces conditions que l’on saisit toute la puissance des chutes. Un mur d’eau et de bruit.
Nous parcourons les 1,7 km du sentier aménagé qui longe les différentes cascades, multipliant les points de vue. À mesure que l’on s’approche du bord, les embruns se transforment en véritables averses : impossible de rester sec, mais difficile aussi de décrocher les yeux de ce spectacle grandiose. Nous n’avons que nos smartphones pour photographier les chutes.
Comme un clin d’œil final, l’eau s’impose ici une dernière fois comme le fil conducteur de ce voyage. Jamais, je ne l’aurai imaginé avant de partir.
Cahier Pratique
Comment s’y rendre ?
Vol international jusque Windhoek. Retour depuis l’aéroport de Victoria Falls.
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Où dormir ?
- Désert du Namib (Sossusvlei / Dead vlei) : Desert Quiver Camp. Idéalement situé à seulement 5 km de la porte d’entrée de Sossusvlei, le camp est composé de 24 cottages espacés les uns des autres. Chambre confortable bénéficiant d’une terrasse avec cuisine équipée, frigo. Piscine. Pas de restaurant sur place. Mais, il est possible de diner au Sossusvlei Lodge situé à quelques km. J’ai beaucoup aimé cet hébergement et sa vue vers l’infini désert.
- Walvis Bay : Blue Whale Hotels. Situé face au lagon des flamants roses. A côté, le Flamingo Villas Boutique Hotel est un peu plus haut de gamme.
- Damaraland : Twyfelfontein Adventure Camp. Situé au pied d’un effleurement rocheux typique du Damaraland. Superbe emplacement. Gros coup de coeur.
- Etosha : Etosha Village. Un lodge bien situé près de l’entrée de la porte Ombika.
- Onguma : Onguma Forest Camp. Joli camp composé de 11 rondavels au toit de chaume. Piscine. Plan d’eau face au restaurant pour observer les animaux.
- Bande de Caprivi : Ndovu Safari Lodge. Lodge situé en bordure du fleuve Okavango. 10 tentes de luxe, 2 suites au bord de la rivière ou 2 suites terrestres. Petite piscine. Croisière et safari organisé par le lodge vers les secteurs Mahango et Buffalo du aprc national Bwabwata. Entre le parc national Mudumu et le parc Bwabwata (secteur Kwando), le Namushasha River Lodge offre de belles prestations le long de la rivière Kwando.
- Chobe : Chobe House Villa and Chalets. Situé à Kasane sur les rives du fleuve Chobe. Organise des safaris dans le parc national Chobe et des croisières sur le fleuve.
- Victoria Falls : Nguni Lodge. Petit lodge au calme. Piscine. Equipe sympa.
Quand réaliser ce voyage ?
Je ne peux que vous recommander cet itinéraire, du désert du Namib jusqu’aux chutes Victoria, entre avril et octobre, au cœur de la saison sèche. C’est sans doute la période la plus favorable pour un voyage axé sur l’observation et la photographie animalière.
Durant ces mois, la végétation se raréfie et les points d’eau deviennent des lieux de passage incontournables. La faune s’y concentre naturellement, offrant des conditions d’observation souvent exceptionnelles, que ce soit dans les parcs namibiens ou le long du fleuve Chobe. Les pistes sont également plus praticables, rendant les déplacements plus fluides et les safaris plus confortables. Le mois d’avril est une période intermédiaire qui si elles offrent moins d’opportunités d’observation des mammifères est très bonnes pour les oiseaux et le paysage est plus verdoyant.
Côté photographie, la lumière est généralement plus douce et plus stable, notamment en début et fin de journée, avec des ciels dégagés qui subliment les paysages — des dunes orangées du Namib aux plaines inondables du nord.
Enfin, si vous terminez votre périple aux chutes Victoria, cette période correspond à des niveaux d’eau encore élevés (en particulier entre avril et juin), garantissant un spectacle puissant et immersif, même si les embruns peuvent parfois jouer avec votre visibilité… et votre matériel photo.
Avec qui voyager en Namibie ?
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Livres, cartes, ressources…
Voici les guides et application que je recommande pour un voyage nature en Namibie :
- Roberts Bird Guide permet d’identifier 950 oiseaux d’Afrique du Sud (éditions Jacana). Disponible également en version IOS et Android.
- Field Guide to Mammals of Southern Africa recense tous les mammifères d’Afrique du sud mais aussi de Zambie, d’Angola et du Malawi (édition Ralph Curtis Publishing).
- Guide photo des grands mammifères d’Afrique (édition Delachaux)
- Guide de Voyage. Mon conseil : le Lonely Planet.
- Tracks4Africa: Application payante (5,99€) permettant de se localiser sur un fond de carte et d’afficher des points d’intérêts comme les campings, les supermarchés, les stations service. Très pratique voire indispensable si vous envisagez d’emprunter la Western Touring Route.
Je vous conseille également d’acheter une carte du parc national Etosha. Elles sont en vente dans les boutiques du parc mais je vous conseille de l’acheter avant si vous voyagez par vous-même et désirez planifier un peu vos safaris.
Je m’appelle Grégory et je suis l’auteur de My-Wildlife, mon blog sur les safaris, l’ornithologie et l’observation animalière. Si comme moi, tu aimes la nature, suis mes conseils et inspire-toi de mes carnets naturalistes pour voyager en découvrant la vie sauvage. J’accompagne aussi des voyages photo qui offrent la possibilité de progresser en photographie tout en bénéficiant d’excellentes conditions d’observation et de prises de vue.
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