Face à Port Elizabeth (Gqeberha), la baie d’Algoa est l’un des hauts lieux de l’observation des cétacés et des oiseaux marins en Afrique du Sud. Entre îles battues par les vents, eaux riches en nutriments et réserve marine intégrée au parc national d’Addo Elephant, elle offre une concentration exceptionnelle de vie sauvage.
Cette croisière faunique est une immersion au cœur d’un écosystème où oiseaux marins, dauphins et baleines se côtoient, dans un décor aussi spectaculaire que fragile. Nous avons effectué cette excursion dans la baie d’Algoa au tout début de notre road trip naturaliste dans la province de l’Eastern Cape, en Afrique du Sud.
La baie d’Algoa
Située face à Port Elizabeth (Gqeberha), sur la côte orientale de l’Afrique du Sud, la baie d’Algoa fait partie de ces lieux où la nature offre une diversité remarquable dans un espace relativement restreint. Longtemps reconnue pour sa richesse marine, elle s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique de conservation ambitieuse grâce à son intégration au parc national d’Addo Elephant, créant un ensemble protégé continu entre la terre et l’océan.
Une biodiversité marine et aviaire exceptionnelle
La baie d’Algoa s’étend sur près de cent kilomètres de littoral. Elle se caractérise par une alternance de plages, de dunes et d’îlots rocheux, baignés par des courants marins riches en nutriments. Ces conditions favorisent une concentration remarquable de vie marine.
On y observe notamment :
- l’une des dernières colonies de manchots du Cap, en particulier sur St Croix Island ;
- des otaries à fourrure du Cap ;
- plusieurs espèces de dauphins, régulièrement visibles depuis la côte ou lors de sorties en mer ;
- des baleines franches australes et baleines à bosse en saison ;
- une avifaune marine dense, comprenant fous du Cap, sternes et cormorans.
Son intégration au parc national d’Addo Elephant
L’un des aspects les plus remarquables de la baie d’Algoa réside dans son intégration au parc national d’Addo Elephant depuis 2005, situé à courte distance de Port Elizabeth. Initialement créé pour protéger les éléphants de la région, le parc s’est progressivement étendu afin d’inclure des zones côtières et marines. Cela inclut notamment les îles suivantes : Bird island, Brenton island et St Croix island.
Le parc d’Addo est aujourd’hui l’un des rares au monde à protéger les Big 7 : l’éléphant, le rhinocéros, le lion, le buffle, le léopard, la baleine et le grand requin blanc. Cette continuité écologique, de la savane jusqu’à l’océan, permet une gestion cohérente de milieux très différents, mais intimement liés.
Enjeux portuaires et pressions industrielles sur la baie d’Algoa
La baie d’Algoa est un espace maritime stratégique, abritant l’un des ports les plus actifs de la côte sud-africaine. Cette proximité entre activités industrielles et milieux naturels sensibles génère des enjeux importants pour la conservation de la vie marine.
Le trafic maritime intense engendre une pollution sonore sous-marine susceptible de perturber la communication, l’orientation et l’alimentation des cétacés et des dauphins. À cela s’ajoutent des risques de pollution, accidentels ou chroniques, liés aux hydrocarbures, aux rejets et aux eaux de ballast, avec des impacts durables sur les chaînes alimentaires marines.
Enfin, les manœuvres des navires et certaines infrastructures portuaires peuvent provoquer une dégradation des habitats, notamment autour des îles fréquentées par les oiseaux marins. La baie d’Algoa illustre ainsi le défi constant de concilier développement économique et protection de la biodiversité, un équilibre difficile à trouver.
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Quelle est la meilleure saison pour une croisière dans la baie d’Algoa ?
Choisir la meilleure saison pour une croisière dans la baie d’Algoa dépend avant tout des espèces marines et des oiseaux que vous souhaitez observer. La baie est vivante toute l’année, mais la composition de la faune évolue au fil des saisons, offrant des expériences très différentes selon la période choisie.
Pour les baleines, la période la plus remarquable s’étend de juillet à décembre. Les baleines franches australes sont les véritables stars de l’hiver austral. De juillet à octobre, elles pénètrent dans la baie pour mettre bas dans des eaux calmes et protégées. Leur comportement côtier les rend particulièrement faciles à observer, souvent très près du rivage et parfois même à proximité du port. Cette accessibilité exceptionnelle explique pourquoi elles comptent parmi les baleines les plus fréquemment observées le long de la côte sud-africaine. Les baleines à bosse, quant à elles, sont présentes sur une période plus longue, de juin à début janvier. Leur activité est maximale en juillet et août, lors de la migration vers le nord, puis à nouveau en novembre et décembre, lorsqu’elles entament leur retour. Cette fin d’année est particulièrement intéressante, car les baleines à bosse sont alors souvent accompagnées de leurs jeunes.
Du côté des dauphins, la baie d’Algoa se distingue par une présence quasi permanente, avec toutefois des pics d’observation selon les espèces. Les grands dauphins de l’océan Indien sont les plus couramment rencontrés. Observables toute l’année, ils évoluent en groupes pouvant aller de 10 à plus de 400 individus. Leur préférence pour les eaux peu profondes, près des plages ou autour de l’île de Saint-Croix, ainsi que leur comportement joueur, les amène fréquemment à accompagner les bateaux et surfer sur les vagues d’étrave. De janvier à juin, ce sont les dauphins communs à bec court qui offrent les spectacles les plus impressionnants. Ils suivent de vastes bancs de poissons-appâts longeant la baie et se déplacent alors en groupes spectaculaires de plusieurs centaines à plusieurs milliers d’individus, nageant à grande vitesse et créant des scènes d’une intensité rare. Enfin, les dauphins à bosse complètent cette diversité. Plus discrets, ils sont généralement observés en petits groupes de 1 à 20 individus, principalement durant les mois d’été.
Le printemps austral (septembre à novembre) est une saison privilégiée pour l’observation des oiseaux marins. Les îles de la baie d’Algoa connaissent une forte activité de reproduction, notamment chez les manchots du Cap, mais aussi chez les fous, sternes et cormorans. Les nombreux allers-retours entre les zones de pêche et les colonies offrent des scènes très dynamiques, idéales pour l’observation et la photographie.
L’été austral (décembre à février) se caractérise par des températures élevées et une lumière intense. Les baleines sont plus rares, mais les dauphins restent omniprésents et souvent joueurs, accompagnant parfois les embarcations sur de longues distances. Les otaries à fourrure sont également faciles à observer près des îlots rocheux. Cette saison est appréciée pour des croisières contemplatives, avec une grande diversité d’oiseaux marins en pêche et des conditions souvent favorables à la navigation.
L’automne austral (mars à mai) est une période de transition souvent méconnue mais très intéressante. La fréquentation touristique diminue, la mer est plus calme et la faune marine reste bien présente. Les dauphins et les oiseaux marins sont observables en continu, et les premiers signes du retour des baleines peuvent apparaître en fin de saison.
Rencontres avec la faune pendant la croisière
Le projet initial prévoyait une croisière à la journée qui nous mène autour de Bird Island, avec pour objectif d’observer la colonie de fous du Cap. Faute de participants, cette sortie n’a pas pu être organisée. Nous avons donc opté pour une croisière d’une demi-journée dans la baie d’Algoa, reliant le port de Gqeberha à l’île de St Croix. Voici les rencontres faunistiques les plus marquantes de cette excursion en mer.
Les grands dauphins de l’océan indien
Nous quittons le port industriel de Port Elizabeth peu après 8 h. En s’éloignant des quais, le paysage change rapidement : les installations portuaires disparaissent progressivement, laissant place aux étendues ouvertes de la baie d’Algoa et à une sensation d’espace plus ouvert.
Après environ trente minutes en mer, nous faisons notre première rencontre avec des grands dauphins de l’océan Indien. Espèce présente toute l’année dans la baie, elle est fréquemment observée en groupes dont la taille peut varier considérablement, allant de quelques individus à plusieurs centaines. Peu farouches, les dauphins s’approchent du bateau, nagent à proximité et viennent régulièrement jouer dans la vague d’étrave. Il est difficile d’estimer leur nombre avec précision, mais le groupe semble compter au moins une trentaine d’individus.
Plus tard dans la matinée, à proximité de l’île de St Croix, nous croiserons un second groupe, adoptant des attitudes similaires autour du bateau.
Les manchots du Cap et les autres oiseaux marins autour de l’île St-Croix
Lors de la navigation, plusieurs espèces d’oiseaux marins accompagnent notre progression. En vol, j’identifie des sternes caugek, des cormorans du Cap, des fous du Cap et quelques goélands dominicains. À mesure que nous approchons des îles de Brenton et de St Croix, nous pénétrons dans les eaux du parc national Addo Elephant, dont l’extension marine protège une partie de la baie d’Algoa. La densité d’oiseaux augmente nettement, en particulier celle des cormorans, très présents sur les rochers et à la surface de l’eau.
Sur un affleurement rocheux de Brenton Island, j’aperçois également mes premiers huîtriers de Moquin, facilement reconnaissables à leur plumage contrasté et à leur long bec rouge. Mais ce sont surtout les manchots du Cap qui retiennent mon attention. Dans l’eau, plusieurs adultes nagent à proximité du bateau. D’autres sont installés sur les rochers, parfois accompagnés de jeunes encore couverts de duvet, signe d’une reproduction en cours. Malgré cela, le nombre d’oiseaux observés paraît étonnamment limité.
Cette impression s’explique par la forte diminution de la population. St Croix abrite aujourd’hui environ 3 000 manchots du Cap, alors que la colonie comptait plusieurs dizaines de milliers d’individus il y a encore quelques décennies. En l’espace d’environ quatorze ans, la population locale a chuté d’environ 90 %.
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin rapide :
- La raréfaction des ressources alimentaires, en particulier les sardines et les anchois, due à la surpêche industrielle et aux changements dans la distribution des poissons liés au réchauffement de l’océan. Les adultes doivent parcourir des distances plus longues pour se nourrir, ce qui réduit le succès reproducteur.
- La prédation accrue sur les œufs et les poussins, notamment par des oiseaux opportunistes, favorisée par la baisse du nombre d’adultes capables de défendre les nids.
- Les pollutions ponctuelles, en particulier les hydrocarbures, qui peuvent avoir des conséquences graves sur une espèce dépendante de l’isolation thermique de son plumage.
Les naturalistes locaux se montrent particulièrement pessimistes quant à l’avenir du manchot du Cap et estiment que, sans un changement rapide et profond de la tendance actuelle, la disparition de l’espèce paraît malheureusement inévitable.
À la recherche des baleines à bosse
Nous mettons ensuite le cap plein sud, en longeant le cap Recife, reconnaissable à son phare emblématique et aux paysages ouverts de sa réserve naturelle, où la terre s’efface peu à peu au profit de l’océan. Puis, le skipper modifie sa trajectoire : l’embarcation s’éloigne franchement des côtes pour partir à la recherche des baleines à bosse.
Nous sommes fin octobre. À cette période de l’année, les baleines franches australes que nous avions vues à Hermanus, ont déjà quitté la baie d’Algoa pour poursuivre leur migration. En revanche, les baleines à bosse sont bien présentes. Ces grandes migratrices effectuent alors leur long trajet entre les zones d’alimentation de l’océan Austral et les eaux plus chaudes où elles se reproduisent. Nous ralentissons l’allure et commençons à scruter l’horizon, attentifs au moindre indice : un souffle d’air, une nageoire pectorale, l’arche sombre d’un dos qui disparaît sous la surface.
Plusieurs individus se manifestent au loin. Nous distinguons surtout des souffles brefs et des apparitions fugaces, trop éloignées pour permettre une approche précise. La photographie s’avère délicate : la distance et l’imprévisibilité des animaux exigent patience et anticipation. La baleine à bosse, pourtant massive — un adulte peut atteindre 14 à 16 mètres pour près de 30 tonnes —, sait se montrer étonnamment discrète lorsqu’elle sonde.
C’est finalement sur le chemin du retour que survient le moment le plus marquant de la journée. Une baleine à bosse sub‑adulte surgit soudain hors de l’eau, à relativement courte distance de notre embarcation. Elle enchaîne plusieurs sauts, révélant ses longues nageoires pectorales blanches et la silhouette puissante de son corps avant de retomber dans un fracas d’écume. Ce comportement, appelé breaching, reste encore imparfaitement expliqué : il pourrait servir à communiquer, à se débarrasser de parasites ou simplement à jouer. Selon une étude menée par des chercheurs américains, ces sauts spectaculaires pourraient également jouer un rôle dans le développement des capacités de plongée chez les jeunes rorquals. L’effort physique nécessaire pour s’extraire entièrement de l’eau stimulerait la production de myoglobine, une protéine essentielle qui stocke et transporte l’oxygène dans les muscles des vertébrés, améliorant ainsi leur endurance lors des immersions prolongées.
La scène dure plusieurs fois quelques secondes, mais elle laisse une empreinte durable. Face à cette démonstration de force et de grâce, le temps semble suspendu. Même en la racontant aujourd’hui, l’émotion reste intacte : celle d’avoir croisé, le temps d’un instant, l’un des grands voyageurs de l’océan.
Le jour suivant, nous partons en balade à pied dans la réserve de Cap Récif près de son phare. Nous y croiserons de nombreux oiseaux. De ça, je vous en parle prochainement.
Cahier pratique
Comment s’y rendre ?
Vol international jusqu’à l’aéroport de Johannesburg puis vol interne jusqu’à l’aéroport Chief Dawid Stuurman International Airport de Port Elizabeth.
Recherchez votre billet d'avion
Je vous invite aussi à tester les comparateurs de vols Kayak ou Trip.com.
Avec qui réserver la croisière ?
Les croisières d’observation de la faune dans la baie d’Algoa se réservent directement auprès de Raggy Charters, un opérateur local réputé, spécialisé depuis de nombreuses années dans les sorties naturalistes en mer. L’équipe, composée de skippers expérimentés et de guides passionnés, met l’accent sur une approche respectueuse de la faune marine, tout en offrant des conditions idéales pour l’observation et la photographie.
Les places à bord étant volontairement limitées, il est essentiel de réserver votre croisière bien en amont de la date souhaitée afin de garantir votre participation, en particulier durant les périodes les plus favorables à l’observation des oiseaux marins et des cétacés.
Avec qui voyager en Afrique du Sud ?
Pour votre safari et voyage en Afrique du Sud, je vous conseille d’adresser votre demande de devis sur mesure auprès de l’agence de voyage locale francophone avec qui je voyage en Afrique du Sud. Je l’ai sélectionnée pour son sérieux et sa capacité à répondre aux demandes personnalisées. Et je vous conseille aussi la lecture de l’article bien préparer votre voyage et vos safaris en Afrique du Sud.
Où dormir à Port Elizabeth ?
On a loué un appartement pendant notre séjour à Port Elizabeth : Le Beach View Brookes Hill suiters est un appartement équipé d’une cuisine situé près de l’océan. Bon confort, propre, parking sécurisé, piscine. Nombreux restaurants à proximité dont l’Indulge Coffee qui propose de bons burgers ou encore le Coachman on the Bay.
Si celui-ci n’est pas disponible, j’ai sélectionné pour vous d’autres hébergements que j’avais repérés :
- Grosvenor on the Beachfront : Appartement de 110 m² pour 4 personnes avec deux chambres face à la mer. Parking, bien équipé. Grand volume. 2 nuits minimum.
- Admiralty Beach House : Guesthouse composée de 4 chambres doubles de luxe, 4 suites de luxe et 2 unités familiales. Décoration soignée et personnalisée. Plateau/bouilloire dans tous les hébergements. Piscine. Parking. Restaurants à proximité.
- Ahoy Boutique Hotel : Chambres et suites avec kitchenette. Décoration contemporaine. Parking. Piscine. Restaurant sur place.
Location de véhicule
Depuis l’aéroport de Port Elizabeth, vous pourrez louer une voiture type berline ou suv ou mieux un 4×4 équipé camping si vous prévoyez d’explorer les parcs nationaux du Cap-Oriental : Addo Elephant, Camdeboo et Mountain Zebra.
Et je dois dire que nous avons été très satisfait de la location de notre Suzuki Jimny équipé camping. Si le 4×4 n’est pas très grand comparé à un Toyota Hillux, il est bien mieux équipé et le rapport qualité-prix est bien meilleur. On a tellement adoré que vous pouvez réserver le votre directement depuis le blog.
Guides & applications
Voici les guides de référence pour l’observation animalière en Afrique du Sud :
- Roberts Bird Guide permet d’identifier 950 oiseaux d’Afrique du Sud (éditions Jacana). Disponible également en version IOS et Android.
- Field Guide to Mammals of Southern Africa recense tous les mammifères d’Afrique du sud mais aussi de Zambie, d’Angola et du Malawi (édition Ralph Curtis Publishing).
- Guide photo des grands mammifères d’Afrique (édition Delachaux)
- Maps of Addo Elephant National Park with Mountain Zebra & Camdeboo National Parks (en anglais) : peut-être acheté sur place à la boutique de l’Addo Main Camp.
Je m’appelle Grégory et je suis l’auteur de My-Wildlife, mon blog sur les safaris, l’ornithologie et l’observation animalière. Si comme moi, tu aimes la nature, suis mes conseils et inspire-toi de mes carnets naturalistes pour voyager en découvrant la vie sauvage. J’accompagne aussi des voyages photo qui offrent la possibilité de progresser en photographie tout en bénéficiant d’excellentes conditions d’observation et de prises de vue.
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