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Voir le chimpanzé dans le parc national Kibale en Ouganda

Avec le gorille des montagnes, le chimpanzé est l’autre raison qui pousse généralement un voyageur naturaliste à découvrir l’Ouganda plutôt que le Kenya, la Tanzanie, le Botswana ou l’Afrique du Sud.

Lors de mon précédent voyage en Ouganda, j’ai eu l’opportunité de faire d’excellentes observations de chimpanzés dans le parc national Kibale. Je reviens avec vous sur cette expérience afin de vous donner envie, si cela n’est pas déjà le cas, de la vivre à votre tour.

Où voir des chimpanzés en Ouganda ?

Le chimpanzé commun (pan troglodytes) que l’on nomme plus communément chimpanzé est le grand singe le plus proche de l’Homme avec 98% de ses gênes identiques aux nôtres.

La population totale des chimpanzés ne dépasse guère aujourd’hui les 500 000 individus sur l’ensemble du continent africain alors que ses effectifs s’élevaient à près de 2 millions au début du 20ème siècle (source : WWF). Face à cette baisse des effectifs, le chimpanzé est classé sur la liste des espèces « en danger » de l’UICN.

En Ouganda, c’est la sous-espèce Pan troglodytes schweinfurthii qui peut être observée. On estime que la population de chimpanzés en Ouganda est de 5 000 individus répartis sur 12 lieux de vie. Parmi eux, il est possible de rencontrer dans la nature des chimpanzés habitués à la présence de l’Homme dans le parc national Kibale, aux gorges de Kyambura dans le parc national Queen Elizabeth, à Kaniyo Padidi près du parc national Murchison Falls et dans la Kalinzu Forest Reserve. Le site le plus réputé sur la qualité des observations étant le parc national Kibale, c’est là que j’ai décidé de rencontrer les chimpanzés.

Le parc national Kibale

Le parc national Kibale (que l’on prononce Tchibalé) est l’un des 10 parcs nationaux Ougandais. D’une superficie de 776 km², il se situe à 310 km au nord-ouest de la capitale Kampala, au nord du parc national Queen Elizabeth et au sud du parc national Murchison Falls.

Le parc national est constitué de forêt tropicale humide dont l’altitude est comprise entre 1 100 et 1 590 mètres. 370 espèces d’oiseaux ont été comptabilisés dans le parc mais ils restent difficiles à observer car on les trouve au niveau de la canopée. Pour voir les oiseaux comme les autres primates, mieux vaut aller dans les marais de Bigodi tout proche du parc national Kibale. 60 espèces de mammifères vivent également dans le parc national, dont 13 primates. C’est le principal lieu d’observation des chimpanzés en Ouganda. La population est estimée à 1500 individus répartis en 12 groupes dont 4 sont habitués à la présence humaine.

Quelle chance ais-je de les voir à Kibale ? 90% selon les rangers du parc. Quelles sont les facteurs qui pourraient jouer en votre défaveur ? Les fortes pluies principalement toujours d’après eux.

5 choses à savoir sur le chimpanzé

A la lecture des ouvrages des primatologues Jane Goodall et Sabrina Krief, on apprend beaucoup de choses sur les chimpanzés qu’une seule visite à Kibale ne peut permettre d’appréhender correctement. La liste des ouvrages est en fin d’article. Je vous conseille de les lire avant de partir voir le chimpanzé dans le parc national kibale en Ouganda. Voici quelques éléments de connaissances révélées dans les ouvrages :

    1. Les chimpanzés vivent dans des groupes de type fusion-fission : mâles et femelles/jeunes vivent généralement à distance sur un territoire commun sauf à certains moments de la vie sociale comme pour prendre les repas ou lors des accouplements.
    2. Les chimpanzés mâles préfèrent s’accoupler avec les vieilles femelles. Pourquoi ? Les mâles ne produisent pas de soins paternels à leur progéniture. Tout repose sur les femelles. Il n’y a pas de ménopause chez les chimpanzés. L’hypothèse retenue est qu’une vieille femelle de par son expérience prodigue de meilleurs soins à son enfant ou qu’elle dispose de meilleurs gênes aux yeux des mâles puisqu’elle a survécu jusqu’à un âge avancé.
    3. Les chimpanzés ont une adolescence avec des bouleversements hormonaux et sociaux. C’est une période charnière pour le chimpanzé. Chez la femelle, c’est la période où elle va quitter le groupe pour en rejoindre un autre.
    4. Les chimpanzés utilisent des outils, par exemple pour boire  à l’aide d’une liane transformée dont l’extrémité ressemble à un pinceau pour puiser de l’eau ou pour manger des termites grâce à des brindilles.
    5. Les chimpanzés se soignent avec les plantes pour traiter des plaies, se vermifuger et même soigner le paludisme.

Le chimpanzee tracking

Le chimpanzee tracking se déroule à pied. Le parc national Kibale propose deux approches différentes :

  • Le tracking où vous pouvez rester une heure au contact des chimpanzés (200 $/personne, entrée du parc incluse) 
  • L’habituation Experience où vous pouvez rester 4 heures avec le groupe de chimpanzés (250 $/personne, entrée du parc incluse)

Il y a généralement deux départs par jour : un à 8h et un second à 14h. La taille du groupe est limitée à 8 personnes et il faut avoir plus de 14 ans pour participer au chimpanzee tracking.

La distance à respecter entre les chimpanzés et nous est de 7 mètres (comme pour les gorilles des montagnes). Les marches d’approche pour arriver au contact du groupe de chimpanzés peuvent varier de quelques minutes à deux heures. Mais contrairement au gorilla tracking, le terrain est plat à Kibale. La progression est donc globalement plus facile (pas toujours comme vous le verrez plus bas dans mon récit).

Rencontre avec les chimpanzés à Kibale

8h00, un jour de novembre au Kanyanchu Visitor Center à Kibale. C’est la fin de la saison des pluies. Nous faisons connaissance avec notre ranger, une femme pétillante, qui nous rappelle les règles de bonnes conduites pour cette Habituation Experience : maintenir une distance de 7 m minimum entre les chimpanzés et nous, garder notre masque en présence des chimpanzés (période de Covid-19 oblige), ne pas manger en présence des primates, ne pas utiliser de flash en prenant des photos, etc.

Nous nous mettons en route et pénétrons dans la forêt. Il y fait presque nuit. La pluie peine à tomber sur le sol tant la forêt est dense. Seules les bottes bleues canards de la ranger dénotent avec le vert sombre de la forêt. A cette époque de l’année, c’est botte quasi obligatoire. Nous allons vite nous en rendre compte.

Pendant près de 35 mn, nous avançons sans croiser âme qui vive. Puis, des cris déchirent la forêt si calme jusque-là. La ranger s’arrête et nous confirme la présence du groupe de chimpanzés. Nous quittons le sentier pour nous enfoncer dans la forêt en hors-piste en direction des sons émis par les primates. La progression devient immédiatement plus rock’n roll puisque nous atterrissons dans un marécage. J’ai failli y laisser une botte… dans une empreinte d’éléphant. Lui devait sans doute être plus à l’aise que moi. Nous quittons la zone tant bien que mal et contournons le marécage pour nous approcher des chimpanzés. Il s’agit du groupe Buraiga composé de 140 individus environ répartis en deux sous-groupes : Kisonga et Ndula. L’autre groupe de chimpanzés réputés à Kibale est Kanyantale.

L’Homme ne descend pas du singe comme on l’entend souvent. L’Homme est un primate.

Nous mettrons 25 minutes de plus pour nous approcher suffisamment prêt pour voir nos premiers chimpanzés. Ici, en Ouganda, c’est la sous-espèce Pan troglodytes schweinfurthii qui habite la forêt tropicale. Les adultes peuvent peser jusqu’à 65 kg (la moyenne se situant autour de 55 kg) et mesurer jusqu’à 145 cm (120 cm pour les femelles). Le corps est recouvert de poils hirsutes en dehors du visage, des orteils, des doigts, de la plante des pieds et de la paume de la main. Ses deux pouces et ses gros orteils sont opposables, permettant une prise précise.

De ma première observation, je n’ai pas fait de photos. Une mère était assise sur le tronc d’un arbre à 7 mètres de hauteur au-dessus de nos têtes pendant que son jeune passait d’une branche à une autre. Malgré des gênes identiques à hauteur de 98%, nous avons évolué différemment puisque l’Homme est descendu définitivement de son arbre. C’est ce qui me frappe de cette première observation. Ils sont si agiles dans les arbres, alors que nous…

Lors de ma seconde observation de chimpanzés, quelques minutes plus tard, je ne verrai que le haut de la tête d’un adulte tellement la végétation était dense à cet endroit précis. Il regardait vers le ciel. J’ai trouvé cette scène pleine de poésie. Anthropomorphisme quand tu nous tient.

Durant 4 heures, les rencontres avec les chimpanzés se multiplient. Elles sont toutes uniques et procurent leur lot d’émotions. Certains chimpanzés mangeaient des fruits (ils partagent la même appétence que nous pour les figues), dormaient ou se prélassaient sur un arbre pendant que d’autres se chamaillaient ou s’épouillaient. Si le chimpanzé peut être calme, il peut aussi être très bruyant. Ils communiquent entre eux par le son et les cris mais je les ai aussi vu frapper sur des troncs de figuier pour faire passer des messages. 

Ce qui m’a surpris, c’est de constater que chaque chimpanzé est différent, physiquement parlant mais aussi dans leurs caractères. Certains sont doux, d’autres sont durs, certains vous paraissent sympathiques, tout le contraire d’autres. En prenant le temps de les observer, on le remarque aisément. Jamais, je n’ai pensé cela d’un lion ou d’un rhinocéros. Les grands singes de part leurs expressions ont ceci de fascinants qu’ils ne laissent jamais indifférents.

Souvent aussi, j’ai eu le sentiment de me regarder dans un miroir. Si proche de l’Homme et si différent…

Croiser le regard d’un chimpanzé change à jamais sa vision du monde. Ce n’est qu’à ce moment précis que j’ai précisément compris toute la portée du titre de l’ouvrage de Sabrina Krief : Chimpanzés, mes frères de la forêt.

Cahier pratique pour voir le chimpanzé dans le parc national Kibale

Comment se rendre en Ouganda ?

Vol international jusqu’à Entebbe.

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Je vous invite aussi à tester le comparateur de vols Kayak.

Avec qui faire un safari en Ouganda ?

Pour votre safari en Ouganda, je vous conseille d’adresser votre demande de voyage sur mesure auprès de l’agence locale ougandaise qui travaille avec des guides francophones.  Je l’ai sélectionné pour sa connaissance du terrain, son sérieux et sa capacité à répondre aux demandes personnalisées. Contactez Eric, Expert sur l’Ouganda.

Quel matériel photo pour photographier les chimpanzés ?

La forêt du parc national Kibale est sombre. Pour cette raison, je recommande un boitier qui gère bien les montées en iso et une optique à ouverture 2.8.

La quasi-totalité des photos de cet article a été prise au 400 mm 2.8 de Sony. Je recommande également l’usage d’un 70-200 mm 2.8 ou d’un 300 mm 2.8.

Où dormir près du parc national Kibale ?

Je vous recommande le Turaco Treetops où j’ai dormi. Il est composé de 9 unités offrant des vues imprenables sur la forêt tropicale. Magnifique chambre, spacieuse et équipe très sympa.

Quel est le meilleur moment pour voir les chimpanzés à Kibale ?

La meilleure période pour vous rendre au parc national Kibale correspond aux saisons les plus sèches de décembre à février et de juin à août.

En dehors de ces périodes, il est possible aussi de voir les chimpanzés à Kibale mais mieux vaut éviter les jours de fortes pluies.

Livres, guides et podcasts sur les chimpanzés et l’Ouganda

Je recommande les livres de Jane Goodall, la primatologue qui a fait connaitre les chimpanzés aux yeux de tous et a défendu leur cause, et notamment Ma vie avec les chimpanzés et les chimpanzés et moi.

Sabrina Krief, enseignante-chercheuse au Museum d’Histoire Naturelle de Paris, est la spécialiste francophone des chimpanzés. Elle étudie un groupe de chimpanzés à Sebitoli dans le nord du parc national Kibale. Voici deux ouvrages que je recommande :

Ainsi que l’écoute de ses podcasts

Autre ouvrage que je recommande : L’école des chimpanzés de Roger Fouts, scientifique qui a dialogué pendant 30 ans avec Washoe, une guenon née en Afrique. Je l’ai lu il y a maintenant bien des années mais il m’a marqué à vie.

Du côté des guides de voyage, les références en français sont peu nombreuses. Je peux citer le Petit Futé. Mais si vous parlez l’anglais, je vous recommande vivement l’édition Bradt bien plus complète.

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