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Affût aigle ibérique en Espagne (Castille-La Manche)

Je me suis rendu dans la région de Castille-La Manche en Espagne pour réaliser des affûts pour photographier l’aigle ibérique, un des rapaces les plus rares d’Europe. Retour sur cette expérience.

L’aigle ibérique

L’aigle ibérique (Aquila adalberti – Spanish Imperial Eagle en anglais) est un rapace diurne qui a longtemps été considéré comme une sous-espèce de l’aigle impérial (Aquila heliaca). Il est considéré comme une espèce à part entière depuis 1996 suite aux travaux de chercheurs sur l’ADN des deux populations.

L’aigle ibérique vit comme le laisse suggérer son nom dans la péninsule ibérique. Son nom latin lui fait référence à Heinrich Wilhelm Adalbert (1811-1873), prince de Prusse.

L’aigle ibérique est une grande espèce d’aigle légèrement plus petite qu’un aigle royal.  Jugez de ses dimensions :

  • Envergure : 190-215 cm
  • Longueur : 68-71 cm
  • Poids : 2,8-3,5 kg (femelle), 2,4-2,9 kg (mâle)

Aigle ibérique juvénile
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L’aigle ibérique est un rapace de couleur brun foncé pour les adultes ou brun clair pour les juvéniles. Les immatures ont un plumage intermédiaire. Les adultes ont une bordure blanche distincte sur le bord avant de leurs ailes, ce qui les rend faciles à identifier même si des confusions sont toujours possibles avec l’aigle royal ou l’aigle des steppes.

Il peut vivre dans des zones escarpées ou au contraire des prairies ouvertes. Il lui faut de grands arbres clairsemés pour nicher et des zones ouvertes pour chasser. L’aigle ibérique est sédentaire. Les jeunes peuvent un peu voyager et se rendre dans le nord du Maroc. L’espèce peut vivre jusque 45 ans.

L’Aigle ibérique est une espèce en danger classé comme vulnérable par l’UICN. Sa population était tombée à 30 couples dans les années 70, 181 couples au début des années 2000. Elle serait à 600 couples aujourd’hui selon National Geographic (source). L’augmentation serait liée à la fois au travail des naturalistes sur le terrain ainsi qu’au retour du lapin de garenne, sa principale alimentation, qu’il a en commun avec le lynx ibérique. Il peut aussi manger des oiseaux, d’autres petits mammifères, des reptiles et très occasionnellement des poissons.

Aigle ibérique immature
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Retour sur les deux affûts pour photographier l’aigle ibérique

J’ai réalisé deux sessions pour photographier l’aigle ibérique depuis un affût pour deux photographes situé sur le territoire de la finca El Aprisco au sud du village de Santa Cruz de Mudela. Conçu en bois et avec une vitre sans tain pour ne pas être vu des oiseaux, il est équipé de deux sièges de bureau rotatifs et confortables ainsi que de deux ventilateurs fonctionnant sur batterie externe pour éviter la condensation.

La finca compte deux nids d’aigle ibérique. D’autres nids sont proches et les juvéniles et immatures passent régulièrement.

A savoir :

  • Les rapaces sont appâtés avec du poulet.
  • Les affûts fonctionnent en matinée durant l’automne, l’hiver et le printemps.

Affût Photo aigle ibérique
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Le premier affût : buse variable, milans royaux et aigle ibérique

27 novembre. Vers 7h30, je m’installe dans l’affût en bois. Il fait face à tronc coupé au milieu d’un champ parsemé de bosquets de chênes verts et de chênes liège. Il fait nuit et seulement 1°C. C’est conforme aux prévisions.

7h50, une buse variable pointe le bout de son bec et se pose sur l’un des troncs. Environ 10 minutes plus tard, elle est chassée par des milans royaux. Avant de les voir survoler la zone, je les entendrais crier depuis le chêne vert au-dessus de l’affût. Ils iront souvent se poser sur l’arbre mort qui me fait face à droite.

Le soleil se lève venant dans un premier temps éclairé magnifiquement l’arrière-plan. C’est le moment idéal pour photographier l’aigle ibérique mais je n’en vois aucun. Les buses variables et milans royaux dont j’ai déjà aperçu au moins sept individus différents continuent de venir à tour de rôle. Ils ont été depuis rejoints par les pies voleuses et les grands corbeaux.

9h45. Des perdrix rouges sont en approche. Elles peuvent constituer un met de choix pour l’aigle ibérique. Mais, le rapace doit être occupé ailleurs. J’observerai également aux jumelles un cochevis huppé, un rouge-gorge familier et des pinsons des arbres.

Alors que je pensais finir ma session d’affût sans voir l’aigle ibérique, j’apercevrais au loin avec mes jumelles un juvénile volait dans le ciel. Au même moment une pie-grièche méridionale viendra se poser sur l’arbre situé à ma droite.

J’ai beaucoup apprécié cette session même si je n’ai pas pu photographier l’aigle ibérique. Je croise les doigts pour la session suivante.

Le second affût : Plusieurs aigles ibériques de tout âge

30 novembre. Comme la fois précédente, je suis dans l’affût à 7h30. Il fait encore plus froid. -1°C ce matin Je suis équipé comme un bibendum.

Les buses variables sont une fois encore les premières à venir devant l’affût alors que le soleil n’est pas encore levé. Les pies bavardes ne tardent pas à arriver suivies pour le coup par des oiseaux bien plus expressifs au niveau sonore, les milans royaux. Au nombre de sept, ils harcèlent les buses variables, qui un temps restent en place, puis finissent par partir.

8h10. Un aigle ibérique adulte survole la plaine. Il est assez loin mais je le reconnais facilement à sa tâche blanche sur les ailes. Les individus atteignent leur plumage adulte vers l’âge de 7/8 ans. Quelques minutes plus tard, un juvénile au plumage clair vient se poser sur l’arbre à droite. Étant donnée la couleur du plumage, il doit être dans sa première année. Pendant un moment, il reste à distance des milans royaux et évite ainsi de se faire houspiller. Puis décide de s’approcher des appâts. Il mettra un moment avant de monter sur un des troncs.

9h15. Une buse variable tente de revenir sur site. Elle se pose un instant sur un tronc mais devant le harcèlement des milans royaux, elle finira par s’en aller. Le jeune aigle ibérique est toujours dans les parages, tantôt sur un tronc, tantôt dans les airs ou posé à proximité. Cela dépend à chaque fois de l’agressivité des milans royaux qui sont largement en surnombre.

Un second aigle ibérique arrive face à l’affût. C’est un immature de plus de 3 ans. Son pelage est déjà bien plus foncé que celui du juvénile. Il vient se poser sur le sol dans un premier temps puis fini par grimper sur un des troncs. Les deux aigles ibériques se tolèrent mais ne font pas alliance contre les milans royaux qui continuent de les harceler. Eux semblent au contraire coordonner pour les intimider. Les milans lancent des cris permanents, volent au-dessus des aigles ibériques et plongent vers eux les serres en avant sans les toucher. Ces charges d’intimidation finissent par ne plus avoir aucun effet sur les aigles ibériques. Les aigles n’ont pas été bernés.

Les pies bavardes, toujours en grand nombre, prennent le relais. Elles ont la fâcheuse tendance à venir titiller les aigles ibériques en leur pinçant la queue avec le bec ou en tournoyant autour à plusieurs, ce qui a tendance à énerver les rapaces qui n’hésitent pas à déployer leurs ailes pour les faire fuir. Ça ne marche qu’un temps. Rapidement, les pies reviennent à la charge.

L’aigle ibérique juvénile décolle pour aller se poser sur l’arbre mort à ma droite. Ce n’est pas du goût du second qui s’envole vers son congénère pour lui assener un coup de serre. Le plus jeune quittera la zone pour éviter le combat et reviendra finalement plus tard en restant à l’écart de son agresseur.

Une seconde session d’affût qui m’a permis de photographier au moins trois aigles ibériques différents. Une bien belle matinée.

Cahier pratique

Comment s’y rendre ?

Vol international jusqu’à l’aéroport de Madrid ou train jusque Madrid (1 seul train par jour depuis la France), puis location de voiture pour se rendre dans la région de Castilla-La Mancha.

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Quel matériel photo prendre avec soi ?

Un objectif de 500 mm F4 est sans doute le plus approprié pour cet affût photo. Compte-tenu de la vitre sans tain, il est préférable de ne pas utiliser de multiplicateur pour garder un piqué optimal. Un boitier gérant bien les montées en iso est un plus. Si vous vous interrogez sur le matériel pour la photographie animalière, allez lire mon article dédié à cette thématique.

Guides ornithologiques

Plus d’infos

L’affût peut-être réservé ici.

Pour visiter l’Espagne et Castilla-La Mancha :

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