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Matthieu Orphelin : « La LPO assume d’être un lobbyiste de la biodiversité »

23 janvier 2023. A l’occasion d’un reportage en Charente-Maritime pour découvrir la réserve naturelle de Moëze-Oléron, le marais aux oiseaux, le marais de Brouage ainsi que la station de lagunage de Rochefort, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec Matthieu Orphelin, le nouveau Directeur Général de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) dont les locaux sont aussi situés à Rochefort.

Après des études d’ingénieur à l’École centrale de Nantes spécialité environnement et un doctorat en énergétique de l’École des mines de Paris, il effectue l’essentiel de sa carrière au sein de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) avant de devenir porte-parole de la Fondation pour la Nature et l’Homme entre novembre 2012 et décembre 2015. Il s’engage ensuite dans la politique entre 2017 et 2022. Depuis le 1er novembre 2022, il est Directeur Général de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

Rencontre.

Commençons d’entrée de jeux dans le vif du sujet. Quels sont les grands enjeux de la LPO pour ces prochaines années ?

Nous avons un plan stratégique quinquennal qui oriente les actions de la LPO. Le précédent était sur la période 2017-2022. Votre question tombe à pic car un nouveau plan va se mettre en marche pour 2023-2027. Pour l’instant, je ne peux pas vous le révéler car nous sommes en phase de présentation aux salariés après avoir travaillé 8 mois avec eux sur le contenu ainsi qu’avec les élus du conseil d’administration de l’association. Il restera ensuite deux autres phases avant de dévoiler le plan stratégique au grand public : passage devant le Comité Social et Economique (CSE) dans 15 jours puis passage devant le conseil d’administration dans un mois.

Ce nouveau plan va nous permettre de redéfinir les priorités pour les prochaines années. Bien entendu, le cœur de notre activité restera encore plus actuel qu’aujourd’hui, c’est-à-dire agir pour la biodiversité comme l’indique notre slogan. C’est notre marque de fabrique. La LPO est connue pour ses actions pour les oiseaux, mais notre action concerne toute la biodiversité des animaux sauvages. Le mot « agir », est vraiment le mot le plus important. Parce que c’est ce qui caractérise l’action de la LPO. On mène à la fois des actions nationales, mais on a aussi beaucoup d’actions de terrain et c’est ça notre force. La LPO c’est 28 réserves naturelles dont 14 nationales en gestion, des programmes de sauvegarde de différentes espèces d’oiseaux ou autres. A chaque fois qu’une espèce est en danger, la LPO essaie de mettre en œuvre les moyens pour pouvoir améliorer sa situation. La LPO mène aussi des actions de sensibilisation et d’éducation à l’environnement en intervenant dans les établissements scolaires ou avec eux, ou à d’autres occasions comme dans les foires pour toucher le grand public. La LPO gère au niveau national le suivi des espèces animales. C’est comme ça qu’on est capable aujourd’hui de dire par exemple, qu’en 20 ans la population des oiseaux qui vivent dans les milieux agricoles a été divisé par deux.

D’ailleurs, cela me permet de rebondir sur une grande opération de science participative que nous lançons ces prochains jours : la LPO va demander à tous les foyers de compter pendant une heure les oiseaux de leur jardin, le week-end des 28 et 29 janvier. Cette opération fête ses 10 ans cette année. Les informations recueillies viennent compléter le travail de nos scientifiques et de nos bénévoles. Téléchargez le bilan de ces 10 années de comptage des oiseaux des jardins.

Cela me fait penser à un autre de vos projets : Les refuges LPO. C’est une réussite ?

Un refuge LPO c’est un terrain public ou privé comme un jardin ou un balcon qui va permettre au propriétaire ou au gestionnaire de s’engager pour la biodiversité en installant des nichoirs, en s’engageant à ne pas utiliser de produits chimiques pour l’entretien du jardin, en interdisant la pêche ou la chasse sur le terrain, etc. J’invite tous vos lecteurs à aller sur le site de la LPO et à découvrir plus en détails les refuges LPO pour rejoindre le mouvement pour la biodiversité.

Aujourd’hui, nous avons plus de 46 800 refuges LPO fin 2022 avec une augmentation de 15% en un an.

Quand vous devenez adhérent de la LPO, vous devenez un ambassadeur de la biodiversité

Concernant l’alimentation des oiseaux de jardin, quelle est la position de la LPO ?

D’abord, c’est intéressant d’avoir des points d’eau toute l’année. Ils ne doivent pas être accessibles par les chats. Ils vont permettre aux oiseaux de s’hydrater. C’est particulièrement important par fortes chaleurs.

Pour le nourrissage, à l’inverse, il ne faut pas nourrir les oiseaux toute l’année. Il faut se cantonner aux périodes où les oiseaux ont le plus de mal à trouver de la nourriture, notamment les jours de grand froid. A ce moment-là, c’est très utile pour les oiseaux, notamment les granivores.

Pour revenir sur les enjeux. Quelle serait pour vous l’action la plus urgente à mener ?

Tout se joue dans les 20 ou 30 années à venir pour la biodiversité. Je vous donnais le chiffre sur la perte des oiseaux agricoles tout à l’heure, mais on a beaucoup de grands défis. Pour cette raison, je ne peux pas vous donner une seule priorité pour la LPO pour l’année à venir ou les cinq prochaines années.

J’avais noté qu’il y avait 65 500 adhérents en 2022. C’est beaucoup et peu à la fois. Cela ne représente que 0,1% de la population française.

Votre chiffre est exact mais je le présente un peu différemment de vous. Aujourd’hui, 1 français sur 1 000 est adhérent LPO, c’est déjà bien. Ça fait de nous la plus grande association de protection de la nature en France. Mais ce chiffre nous montre aussi la possibilité de tout ce qui reste à faire pour être plus forts et plus nombreux. Pourquoi être plus nombreux ? Parce que ça nous permet de plus peser, de mettre en œuvre plus d’actions. Et donc je rêve qu’on passe d’un ratio de 1 pour 1000 à 1 pour 100 peut-être dans 10 ans. On va sonner cette mobilisation générale. Car quand vous devenez adhérent de la LPO, vous devenez un ambassadeur de la biodiversité. C’est ça qui est formidable.

D’ailleurs, en 2016, la LPO avait 45 000 adhérents. En 6 ans, c’est 20 000 de plus.

La LPO assume d’être un lobbyiste de la biodiversité

Quand vous dites d’avoir du poids, vous parlez auprès du monde politique ?

Tout à fait nos actions de plaidoyer, nous allons les développer au cours des cinq prochaines années, et notamment auprès des décideurs politiques, du gouvernement, des parlementaires, des élus locaux. Cela va faire progresser notre défense de la cause de la biodiversité.

Mercredi prochain, nous lançons une grande opération de mobilisation. Allain Bougrain Dubourg a interpellé le président de la République sur les échouages de dauphins et proposé aux citoyens de s’associer à cette démarche. Vous voyez chaque jour dans la presse des dauphins capturés par les bateaux de pêche. Ils sont plus de 10 000 par année. Et il y a des solutions pour éviter ce drame. Donc oui, c’est du plaidoyer ou du lobbying. On appelle ça comme on veut. La LPO assume d’être un lobbyiste de la biodiversité, des oiseaux, des dauphins. Cette semaine, nous avons fait une autre action de plaidoyer pour éviter une nouvelle dérogation sur l’autorisation d’utiliser des pesticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles, d’oiseaux et de biodiversité sur les betteraves et avons obtenu gain de cause ce 23 janvier 2023.

Justement, comment travaille la LPO avec les agriculteurs ?

La LPO n’est pas contre les agriculteurs, bien au contraire. On veut avancer avec eux, les accompagner et apprendre ensemble sur comment l’agriculture française, dont on peut être fiers par ailleurs, protège mieux la biodiversité qu’aujourd’hui.

On a un programme qui s’appelle Des Terres et des Ailes. Les agriculteurs peuvent y trouver les bons gestes à connaître pour la biodiversité, comment s’engager avec la LPO sur ces sujets-là. Il est très important car dans les facteurs clés de la perte de biodiversité, il y a l’agriculture. Et nous sommes convaincus que les agriculteurs sont des solutions. Ils peuvent développer la biodiversité sur leurs exploitations agricoles. Donc, on va continuer de travailler avec eux. On va même renforcer nos actions. Ce sera une priorité pour les prochaines années.

Toutes les actions qui sont bonnes pour la biodiversité sont bonnes pour le climat

Le changement climatique, est ce que vous allez l’intégrer dans le futur plan stratégique ?

Allain Bougrain Dubourg a été l’un des premiers en France à faire le lien dans ses interventions entre climat et biodiversité. Pendant longtemps, ces deux sujets ont été traités à part. Mais depuis, on voit que ces deux sujets sont intimement liés. A la LPO, nous avons de nombreuses données qui montrent l’influence du changement climatique sur les migrations et les populations d’oiseaux, sur la taille et le poids des oiseaux, sur leur stratégie d’adaptation au changement climatique. Il faut de plus en plus traiter les deux sujets ensemble. Et ça, ce sera un axe fort pour la suite de nos actions. Car voyez-vous toutes les actions qui sont bonnes pour la biodiversité sont bonnes pour le climat.

Pour finir, avez-vous une action LPO à mettre en avant parce que vous en êtes fiers ?

Tout d’abord, ce que je veux mettre en avant ce sont les salariés et les bénévoles de la LPO qui font un travail formidable au quotidien. Pour moi, c’est un rêve d’être à la LPO.

Sinon, une action parmi d’autres, mais que j’aime beaucoup. J’ai envie de vous parler de celle qu’on va lancer avec BFM à partir du 17 février 2023 sur le retour des hirondelles. On va suivre l’arrivée des hirondelles grâce aux observations et aux comptages réalisés par tout le monde. C’est un phénomène important pour les français et les françaises, parce qu’il montre justement le retour du printemps. On aura aussi des caméras embarquées dans des nids, deux ici en Charente-Maritime et un dans le Rhône. On a repris l’idée qui avait déjà été lancée dans le Rhône avec la caméra du nid d’un faucon pèlerin à Lyon. J’aime bien cette opération car elle fait travailler ensemble tous les services de la LPO France, la LPO Aura et la LPO Rhône. C’est d’ailleurs ces derniers qui nous ont donné la solution technique. Et puis ça va faire travailler les scientifiques avec le grand public. C’est une grande opération de science participative. On va pouvoir comparer les cartes de nos compteurs avec les cartes du grand public. L’opération sera lancée sur BFM TV tous les vendredis matins avec la météo à partir du 17 février jusqu’à l’envol des petits on espère. C’est un outil pédagogique génial. Ça va être fabuleux !

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