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Observer les oiseaux dans les réserves de la Grande Cariçaie

Située sur la rive sud du lac de Neuchâtel en Suisse, la Grande Cariçaie est un ensemble de réserves naturelles tout à fait unique en Suisse. J’ai eu la chance de parcourir le site pendant 2 jours au début du mois d’octobre. Retour sur mes observations ornithologiques dans la Grande Cariçaie et conseils pratiques de visite.

Téléchargez la carte de la Grande Cariçaie en PDF

La Grande Cariçaie : une réserve unique en Suisse

La Grande Cariçaie est un ensemble de huit réserves naturelles cantonales classées comme site Ramsar. Les réserves sont entrecoupées de villages qui longent les 40 km de la rive sud du lac de Neuchâtel couvrant une superficie d’environ 3000 hectares :

  1. Réserve naturelle des Grèves de Cheseaux
  2. Réserve naturelle de la Baie d’Yvonand
  3. Réserve naturelle de Cheyres
  4. Réserve naturelle des Grèves de la Corbière et de Chevroux
  5. Réserve naturelle des Grèves d’Ostende et de Chevroux
  6. Réserve naturelle des Grèves de la Motte
  7. Réserve naturelle de Cudrefin
  8. Réserve naturelle du Fanel

La Grande Cariçaie est une réserve remarquable en Suisse car elle forme le plus grand ensemble marécageux du pays. Elle abrite environ 800 espèces végétales et 10 000 espèces animales, soit le quart de la flore et de la faune suisse. Les invertébrés représentent 96% de la diversité faunistique de la Grande Cariçaie. On trouve également dans la réserve 53 espèces de mammifères dont 19 menacés. Les oiseaux ne sont pas en reste avec 340 espèces répertoriées sur la réserve, soit 78% des oiseaux présents en Suisse. Parmi eux, 100 espèces s’y reproduisent régulièrement, dont 50 sont rares ou menacées en Suisse.

La Grande Cariçaie tire son nom du « grand carex », une des plantes les plus présentes dans les marais de la réserve.

Place maintenant au récit de mes observations dans la Grande Cariçaie. En seulement deux jours, je trouve que j’ai pu observer et photographier une grande variété d’espèces et pas des moindres.

Le milan royal dans la réserve de Cheyres

Je commence par me rendre à la réserve de Cheyres qui dispose d’un point de vue extraordinaire sur le lac de Neuchâtel et les marais depuis les falaises de molasse. Les sources qui descendent des falaises alimentent en eau les roselières et étangs en contrebas. A cette distance, je distingue plusieurs grandes aigrettes, nicheuses dans la réserve depuis 2006.

Sur les hauteurs des falaises planent deux milans royaux. A cette époque de l’année, il n’est pas rare de les observer dans le secteur ainsi qu’au dessus des champs d’arbres fruitiers du village de Châbles. J’observerai aussi aux jumelles trois buses variables sur le même secteur sans pouvoir les photographier.

Les canards en baie d’Yvonand

La beine lacustre, zone littoral peu profonde, borde l’ensemble de la Grande Cariçaie. Elle apporte abri et nourriture aux oiseaux d’eau, particulièrement les canards dans la baie d’Yvonand.

En janvier 2021, 87 000 individus ont été comptabilisés sur le lac de Neuchâtel dont 62% sur la rive sud du lac. Nous sommes début octobre, la majorité d’entre-eux ne sont pas encore arrivés sur leur site d’hivernage.

Pour autant, je peux déjà observer plusieurs espèces de canards en plumage éclipse : colverts, siffleurs,  chipeaux, nettes rousses, foulques macroules et harles bièvres. La population de nettes rousses sont en nette augmentation depuis les années 1990. L’hypothèse des biologistes indique que l’espèce aurait profité de l’amélioration de la qualité des eaux du lac de Neuchâtel. L’interdiction des phosphates dans les lessives aurait favorisé le développement d’algues characées dont la nette rousse raffole.

Pour explorer la zone, vous pouvez vous référer à cette balade. Notez que lors de mon passage, les pontons en bois n’étaient pas accessibles. Ils ont été détruits lors de la montée exceptionnelle des eaux du lac de Neuchâtel en 2021. Renseignez-vous avant votre venue auprès de l’association de la Grande Cariçaie pour vérifier s’ils ont été remis en état.

La réserve du Fanel sous le brouillard

Pour mon second jour de découverte de la Grande Cariçaie, je décide de me rendre à la réserve du Fanel à l’extrémité orientale du lac de Neuchâtel. Le brouillard a envahi la région. Avant d’atteindre la réserve, j’ai la chance de croiser sur mon chemin deux chevreuils au moment où le soleil apparaît à l’horizon.

Je reprends ma route vers la réserve du Fanel. Je me gare au centre-Nature Aspo de la Sauge, traverse le pont qui enjambe le canal de la Broye et m’engage sur le sentier à gauche. Le brouillard a envahi le canal, les étangs et le lac de Neuchâtel. Je me rends à l’observatoire nommé Besucherplattform Fanel sur la carte map.geo.admin.ch. Je m’installe et écoute d’abord à défaut de pouvoir observer, puis avec le réchauffement du soleil, la brume disparaît petit à petit. Face à l’étang, la beine lacustre du lac de Neuchâtel accueille principalement des canards siffleurs, quelques grèbes huppés, des hérons cendrés et des grandes aigrettes. Sur les îlots de reproduction, j’observe aux jumelles les colonies de grands cormorans, de cygnes tuberculés et des oies cendrées en plus petit nombre.

Derrière l’observatoire, un étang accueil également quelques cygnes tuberculés, un héron cendré et des poules d’eau. Dans les arbres qui bordent l’affût, j’observerai des fauvettes à tête noire, un merle noir et un pouillot siffleur.

Depuis les observatoires du Centre BirdLife de La Sauge

Je me rends ensuite au Centre BirdLife de La Sauge tout proche situé dans la réserve naturelle de Cudrefin. Je paie mon entrée (8 francs Suisse, fermé le lundi), ce qui me permet d’accéder à un sentier pédestre jalonné de quatre observatoires donnant sur deux étangs, le petit et le grand.

Au niveau du petit étang, j’y verrais un héron cendré ainsi qu’un martin-pêcheur passant en plein vol à deux reprises devant l’observatoire. Son nid donne sur l’étang mais n’est pas visible des observatoires du Castor et du martin-pêcheur.

Au Grand étang, héron cendré, grèbes castagneux, foulques macroules cherchent leur nourriture sur le plan d’eau.

Je resterai hélas trop peu de temps sur le site. Il faudra que je revienne un jour.

Le festival des oiseaux depuis l’affût du Centre Pro Natura de Champ-Pittet

Après le Centre BirdLife de La Sauge, je me suis rendu sur le versant opposé du lac de Neuchâtel au Centre Pro Natura de Champ-Pittet. L’entrée est également de 8 francs suisse. Le site est fermé le lundi. L’entrée permet d’accéder à un observatoire à code (les membres Pro-Natura peuvent y accéder gratuitement).

Le site comprend trois sentiers :

  • Le sentier des jardins
  • Le sentier de la forêt
  • Le sentier des marais

J’ai exploré le sentier des marais qui dispose de trois observatoires : une tour d’observation, un observatoire en accès libre mais fermé lors de mon passage et l’observatoire payant ou réservé aux membres Pro-Natura. J’ai passé le plus clair de mon temps dans l’affût payant et je n’ai pas regretté.

Je suis venu à deux reprises dans l’affût : un après-midi ensoleillé et lors d’une matinée pluvieuse. Dans les eux cas, les observations ont été intéressantes : foulques macroules, canards chipeau, sarcelles d’hiver, poules d’eau, grande aigrette s’alimentant de petit crustacés et d’insectes volant, héron cendré, grèbes castagneux, et même une couleuvre à collier, deux bécassines des marais, un martin-pêcheur et des panures à moustaches chassant au ras de l’eau. Je trouve que j’ai été bien verni.

La panure à moustaches dans les grèves d’Ostende

Pour mon dernier moment dans la Grande Cariçaie, je me rends dans la Réserve naturelle des Grèves d’Ostende et de Chevroux réputée pour abriter la panure à moustaches. Il pleut assez fort. Mais je décide de tenter ma chance et de découvrir le site rapidement en m’aidant de cette balade pour ne pas me retrouver complètement trempé.

J’aurais la chance de croiser deux couples de panures à moustaches. Elle est arrivée à la Grande Cariçaie dans les années 1970. La réserve compte selon les années entre une vingtaine et une centaine de couples. C’est l’une des mascottes de la Grande Cariçaie et les photographes ornithologiques sont nombreux à vouloir la photographier sur l’ensemble de son territoire de répartition. Il faut dire, le mâle est unique avec ses moustaches noires.

Ma découverte de la Grande Cariçaie a été une véritable surprise. Le site n’est pas si éloignée de la maison (région lyonnaise), et même plus près que la Camargue. Je pense donc y retourner régulièrement à des saisons différentes.

Cahier pratique pour découvrir la Grande Cariçaie

Comment se rendre à la Grande Cariçaie ?

En train

Estavayer-le-Lac est accessible par train via le réseau des Chemins de Fers Fédéraux et des Transports Publics Fribourgeois. Réservation auprès de SSB ou de Oui SNCF.

Depuis Lyon, il faut 4h environ.

En voiture

Estavayer-le-Lac se trouve à 255 km de Lyon. Il faut moins de 3 heures pour relier la station

Comment découvrir la Grande Cariçaie ?

J’ai visité la Grande Cariçaie avec un véhicule en terminant les approches à pied. C’est une option intéressante mais je vous conseille de bien repérer en amont où vous prévoyez d’aller car les différents sites ne sont indiqués qu’à la dernière minute. On a vite fait de se perdre y compris avec Google Maps. L’utilisation des fonds de carte map.geo.admin.ch ou de l’application Suisse Mobile peuvent être d’une grande aide.

Autre option très intéressante pour explorer la Grande Cariçaie : le vélo électrique. Tous les sites sont accessibles à pied ou à vélo. Avouons qu’explorer les 40 km de rive du lac Neuchâtel à pied pour photographier les oiseaux de la Grande Cariçaie est une approche peu pratique. En vélo électrique, il en est tout autre. Vous pouvez louer des vélos électriques auprès de l’Hôtel-Restaurant du Port – 3 Route du Port  1470 Estavayer-le-Lac – +41 (0)26 664 82 82. Comptez environ 40 francs suisses par jour si vous dormez à l’hôtel et 60 francs suisses s’y vous n’y dormez pas (tarifs 2021).

Où manger ? Où dormir près de la Grande Cariçaie ?

Estavayer-le-Lac constitue un camp de base parfait pour explorer la Grande Cariçaie car la charmante bourgade se trouve à peu de chose près à mi-distance des rives orientales et occidentales du lac de Neuchâtel.

J’ai personnellement dormi à l’hôtel Le Rive Sud, un hôtel 3 étoiles avec une bonne table pour le dîner (réservation ici sur Booking). Autre table à Estavayer-le-Lac, le restaurant Frogs & Roses Café. Excellent accueil et table. Le cuisinier, originaire du Massif Central, est le premier à avoir réussi à me faire manger des choux rouges.

Le midi, j’emportais avec moi des sandwichs ou des salades achetés dans les supermarchés locaux. Possibilité de déjeuner également au Centre Pro Natura de Champ-Pittet ainsi qu’à côté du centre-Nature Aspo de la Sauge.

Quand y aller ?

Les trois saisons les plus intéressantes pour observer les oiseaux à la Grande Cariçaie sont le printemps, l’automne et l’hiver. Le printemps et l’automne car ce sont des périodes de migration importantes et l’hiver car les oiseaux hivernants se rassemblent en grand nombre dans la réserve. L’été, avec les vacances estivales, les sites sont moins calmes et se prêtent sans doute un peu moins à l’observation et à la photographie des oiseaux.

Guides d’observation

Le guide ornitho est la référence pour l’observation des oiseaux en Europe, Afrique du nord et Moyen-Orient. Existe aussi en application IOS et Android.

Les observations du moment

En vous rendant sur la plateforme www.ornitho.ch, vous avez accès aux dernières observations d’oiseaux des ornithologues en Suisse. C’est une bonne façon de vérifier en temps réel les espèces qui peuvent être observées à la Grande Cariçaie.

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Bécassine des marais, La Grande Cariçaie
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